C’était là un des types à bord, mais il y en avait bien d’autres — des professionnels, qui ne fabriquaient ni ne vendaient rien — ceux-là, la main d’une démocratie exigeante semblait les avoir malheureusement tous coulés dans un même moule. Ils ne se taisaient pas, mais d’où qu’ils venaient leur conversation était aussi conforme à un modèle fixe que le sont les agencements d’un wagon Pullman.
J’en touchai un mot à une femme qui était bien au courant des sermons de l’une et l’autre langue.
— Je crois, dit-elle, que la banalité dont vous vous plaignez… »
— Je n’ai jamais dit banalité, protestai-je.
— Mais vous le pensiez. La banalité que vous avez remarquée provient de ce que nos hommes sont si souvent élevés par des vieilles femmes, des vieilles filles. Pratiquement, jusqu’au moment où il va à l’Université, et même pas toujours à ce moment, un garçon ne peut pas s’en affranchir.
— Alors qu’arrive-t-il ?
— Le résultat naturel. L’instinct d’un homme c’est d’apprendre à un garçon à penser par lui-même. Si une femme ne peut pas arriver à faire penser un garçon comme elle, elle se laisse crouler et se met à pleurer. Un homme n’a pas de modèles fixes, il les crée. Il n’y a pas d’être au monde qui soit plus conforme à un modèle fixe qu’une femme. Et cela de toute nécessité. Et maintenant comprenez-vous ?
— Pas encore.
— Et bien, l’ennui en Amérique, c’est qu’on nous traite toujours comme des enfants à l’école. Vous pouvez le voir dans n’importe quel journal que vous ramassez. De quoi parlaient-ils tout à l’heure ces hommes ?
— De la falsification des denrées, de la réforme de la police, de l’embellissement des terrains vagues dans les villes, répondis-je vivement. Elle leva les deux bras : « J’en étais sûre » s’écria-t-elle, « Notre Grande Politique Nationale de la coéducation ménagère. Frimes et hypocrisies que tout cela ! Avez-vous jamais vu un homme conquérir le respect d’une femme en se paradant par le monde avec un torchon épinglé aux pans de ses habits ?