— Commânt ç’a, interposa-t-il avec vivacité pendant une pause.

On lui expliqua comment ; mais il commença aussitôt à mettre mon ami à sec au sujet de cette voie ferrée, mû uniquement par l’intérêt fraternel qu’il éprouvait, ainsi qu’il nous l’expliquait, « pour n’importe quel satané truc qui se fasse où qu’on veut ».

— Ainsi donc, poursuivait mon ami, nous allons pouvoir amener du bétail abyssin jusqu’au Caire.

— A pied ? Puis un rapide regard lancé vers le Désert :

— Mais non, mais non ! par voie ferrée et par la rivière. Et ensuite nous ferons pousser du coton entre le Nil Bleu et le Nil Blanc et « ficherons la pile » aux États-Unis.

— Commânt ç’a ?

— Voici. L’interlocuteur étendit en forme d’éventail ses deux doigts sous l’énorme bec intéressé. Voici le Nil Bleu, et voici le Nil Blanc. Il existe une différence de niveau de tant, entre les deux, et ici, dans la fourche formée par mes deux doigts, nous allons…

— Oui, oui, je comprends, vous ferez de l’irrigation en profitant de la petite différence qui existe entre les deux niveaux. Combien d’acres ?

De nouveau on renseigna Los Angeles. Il se dilata comme une grenouille sous une ondée. — Et dire que je me figurais que l’Égypte n’était que des momies et la Bible ! Moi, je m’y connaissais autrefois en coton. Maintenant nous allons pouvoir causer.

Pendant la journée entière nos deux hommes arpentèrent le pont du navire avec l’insolence distraite des amoureux, et, tels des amoureux, chacun s’en allait dire à la dérobée quelle âme rare était son compagnon.