A ce moment le parent, en uniforme, se découvrait généralement, et si ses allures plaisaient à l’officier, encore un autre « vieux soldat du Mahdi » venait s’ajouter à la machine qui se fabriquait tout en roulant. Dans ces temps-là on traitait les affaires à la lumière pure de la raison et avec une certaine audace élevée et sainte.
On raconte une histoire de deux Sheiks, arrivée peu après le commencement de la Reconstruction. L’un d’eux, Abdullah de la Rivière, prudent et fils d’une esclave, fit profession de loyauté envers les Anglais de très bonne heure, et se servait de cette loyauté comme manteau pour voler des chameaux à un autre Sheik, Farid du Désert, encore en guerre avec les Anglais, mais un parfait gentilhomme, ce que n’était pas Abdullah. Naturellement, Farid fit à son tour des raids sur les bêtes d’Abdullah ; Abdullah se plaignit aux autorités, et toute la Frontière était en fermentation. A Farid dans son camp de désert, accompagné d’un certain nombre de bêtes appartenant à Abdullah vint, seul et sans armes, l’officier responsable de la paix de ces régions. Après les compliments échangés, car ils avaient eu des rapports ensemble auparavant : — Vous vous êtes encore livré à des vols de bêtes dans le troupeau d’Abdullah, dit l’officier anglais.
— Je vous crois ! fut la chaude réponse. Il vole mes bêtes et se réfugie vivement sur votre territoire, où il sait que je ne puis absolument pas le suivre, et quand j’essaie de rentrer tant soit peu en possession de mon bien, il vient pleurer auprès de vous. C’est un saligaud, un pur saligaud.
— Dans tous les cas il est loyal. Si seulement vous vouliez consentir à vous soumettre et à être loyal aussi, vous seriez tous les deux sur le même pied, et alors s’il vous volait quelque chose il en verrait de dures !
— Il n’oserait jamais voler sauf sous votre protection. Donnez-lui ce qu’il aurait reçu au temps du Mahdi, une bonne raclée. Vous savez qu’il le mérite, vous !
— Ce n’est guère permis, vous savez, cela. Il va falloir que vous me laissiez ramener toutes ces bêtes qui lui appartiennent.
— Et si je refuse ?
— Alors il me faudra rentrer à cheval et ramasser tous mes hommes pour vous faire la guerre.
— Mais qu’est-ce qui m’empêche de vous couper la gorge pendant que vous êtes assis là ?
— D’abord le fait que vous n’êtes pas Abdullah, et…