Officier. J’entends, et alors ?

Guerrier (répétant le salut)… Et un soldat aussi.

Officier (parlant à l’horizon, sans s’adresser à personne en particulier). Mais tous disent cela aujourd’hui.

Guerrier (tout à fait à haute voix). Mais il y a un homme dans un de vos bataillons qui peut en fournir la preuve. C’est le petit-fils de l’oncle de mon père.

Officier (confidentiellement, à ses souliers). L’Enfer est tout à fait rempli de pareils petits-fils, de pareils oncles ; et comment puis-je savoir si le soldat un tel dit la vérité au sujet de sa famille ? (fait mine de partir).

Guerrier (enlevant rapidement les vêtements nécessaires). Peut-être. Mais voici ce qui ne ment pas. Regardez ! J’ai reçu ceci, il y a dix, douze ans, quand je n’étais que gamin, près de l’ancienne frontière. Oui, Halfa. C’était une véritable balle Snider. Sentez-la ! Cette petite blessure à la jambe je l’ai reçue dans la grande bataille qui mit fin à tout l’année dernière. Mais je ne suis pas boiteux (Violents exercices des jambes), pas le moins du monde boiteux. Voyez, je cours, je saute, je donne des coups de pied, loué soit Allah !

Officier. Loué soit Allah. Et puis après ?

Guerrier (avec coquetterie). Et puis, je tire du fusil. Je ne suis pas un lancier ordinaire. (Parlant finalement anglais.) Oui, sacré bonn ti’eur. (Fait marcher la gâchette d’un Martini imaginaire).

Officier (sans broncher). Et puis ?

Guerrier (avec indignation). Je suis venu ici, moi, après plusieurs jours de marche, (changeant, et adoptant un ton de cajolerie d’enfant) est-ce que tous les régiments sont pleins ?