G. — Cela ne rend pas la chose plus douce. Je me sauve… je le sais bien. J’ai toujours eu quelque part en moi un point faible… et je n’ose risquer aucun danger à cause d’eux.

M. — Pourquoi diable le ferais-tu ? Tu es tenu de penser à ta famille… tenu d’y penser. Er-hmm. Si je n’étais pas fils cadet, je m’en irais aussi… que je sois pendu si je ne le ferais pas !

G. — Merci, Jack. C’est un gentil mensonge, mais c’est le plus noir que tu aies proféré depuis quelque temps. Je sais ce que je fais, et l’entreprends en connaissance de cause. Mon vieux, c’est plus fort que moi. Qu’est-ce que tu ferais à ma place ?

M. (à part). — Peux pas m’imaginer une femme en permanence entre moi et le régiment. (Haut.) Ne saurais dire. Fort probable que je ne ferais pas mieux. Je suis fâché pour toi… affreusement fâché… mais « si ce sont tes sentiments », je crois… oui, je crois que tu agis sagement.

G. — Vrai ? Je l’espère. (Tout bas.) Jack, sois très sûr de toi-même avant de te marier. Je suis un ingrat ruffian de le dire, mais le mariage — même un mariage aussi réussi que le mien — est une entrave à l’ouvrage d’un homme, lui paralyse le bras droit, et, oh, cela disperse vos idées de devoir aux quatre vents ! Quelquefois — aussi bonne et aussi douce qu’elle soit — quelquefois j’aurais presque le désir d’avoir conservé ma liberté… Non, ce n’est pas exactement cela que je veux dire.

MRS. G. (arrivant dans la verandah). — A propos de quoi ce branlement de tête, Pip ?

M. (se retournant vivement). — A propos de moi, comme d’habitude. Le vieux sermon. Votre mari me conseille de me marier. Jamais vu pareil monomane !

MRS. G. — Mais pourquoi non ? Je ne dis pas que vous ne rendiez quelque femme très heureuse.

G. — Voilà la loi et les prophètes, Jack. Peu importe le régiment. Rends une femme heureuse. (A part.) Bon Dieu !

M. — Nous verrons. Il faut que j’aille faire le désespoir d’un de nos cuisiniers. Je ne veux pas qu’on nourrisse mes petits housards de tibias de bœufs de trait. (Avec vivacité.) Pour sûr que les fourmis ne sauraient être bonnes pour le brigadier. Il est en train de les ramasser sur la natte pour les boulotter. Ici, Señor Comandante Don Salenez, venez me parler. (Il soulève G. JUNIOR dans ses bras.) Vous voulez ma montre ? Vous ne seriez jamais capable de la mettre dans votre bouche, mais vous pouvez essayer.