MISS T. — Oui, je te le promets. Qu’a-t-elle dit ?

MISS D. — Que… que d’être embrassée (tout d’un élan) par un homme qui ne cirait pas sa moustache, c’était… comme si l’on mangeait un œuf sans sel.

MISS T. (du haut de sa grandeur, avec un mépris écrasant). — May Olger est une horreur, et tu peux le lui répéter. Je suis heureuse qu’elle ne fasse pas partie de mon clan… Il faut que j’aille donner à manger à cet homme. Ai-je l’air présentable ?

MISS D. — Oui, parfaitement. Fais vite et passe-le à ta mère, pour que nous puissions causer. Moi, je vais écouter à la porte pour entendre ce que tu lui dis.

MISS T. — Pour ce que je m’en soucie. Je t’assure que je n’ai pas peur du capitaine Gadsby.

Comme preuve, elle pénètre dans le salon d’un grand pas masculin suivi de deux petits pas écourtés, ce qui produit l’effet d’un cheval rétif entrant. Elle manque LE CAPITAINE GADSBY, lequel est assis dans l’ombre du rideau, et elle jette tout alentour un regard désespéré.

LE CAPITAINE GADSBY (à part). — La pouliche, mâtin ! doit avoir pigé cette allure à l’étalon. (Haut, se levant.) Bonsoir, miss Threegan.

MISS T. (ayant conscience qu’elle rougit). — Bonsoir, capitaine Gadsby. Maman m’a chargée de vous dire qu’elle sera prête dans quelques minutes. Ne prendriez-vous pas du thé ? (A part.) J’espère que maman va se dépêcher. Qu’est-ce que je vais bien dire à ce grand animal-là ? (Haut et brusquement.) Du lait et du sucre ?

LE CAP. G. — Pas de sucre, me-erci, et fort peu de lait. Ha-hmmm.

MISS T. (à part). — S’il fait cela, je suis perdue. Je vais rire. Je sais que je vais rire !