Judson avait adopté comme mode de communication ce qu’il savait de français.
— Cela suffit, dit le gouverneur, avec un geste magnanime. Judson de mon âme, mon charbon est à toi, et ton bateau sera réparé… oui, réparé entièrement de ses blessures du combat. Vous vous en irez avec tous les honneurs de toutes les guerres. Votre pavillon flottera. Votre tambour battra. Vos… ah oui, vos canotiers tireront leurs baïonnettes… N’est-ce pas, capitaine ?
— Comme vous dites, Excellence. Mais ces marchands de la ville, qu’en faisons-nous ?
Un instant le gouverneur parut embarrassé. Il ne se rappelait pas bien ce qu’il était advenu de ces joyeux garçons qui l’avaient acclamé la veille au soir. Judson s’empressa d’intervenir.
— Son Excellence les a mis aux travaux forcés pour construire des casernes et des magasins, et aussi je crois un poste de douane. Quand ce sera fait, on les relâchera, j’espère, Excellence ?
— Oui, on les relâchera, pour t’être agréable, petit Judson de mon cœur.
Après quoi ils burent à la santé de leurs souverains respectifs, tandis que Davies présidait à l’enlèvement de la planche ébréchée et des traces de balles sur le pont et les têtes de l’avant.
— Oh ! c’est trop fort ! s’écria Judson quand ils furent remontés sur le pont. Cet idiot-là a excédé ses instructions, mais… mais vous me laisserez vous indemniser pour ceci !
Davies, assis les jambes dans l’eau sur un échafaudage suspendu à la proue, sentit nettement qu’on le blâmait dans une langue étrangère. Il se contorsionna, tout gêné, sans interrompre sa besogne.
— Qu’est-ce que c’est ? fit le gouverneur.