Les gens qui, tels les Enfants du Zodiaque, se considèrent comme des dieux, ont de la peine à rire parce que les Immortels ne connaissent rien qui mérite d’en rire ou d’en pleurer. Leo se leva le cœur très gros, et, accompagné de Virgo, il s’en alla çà et là parmi les hommes : leur nouvelle crainte les accompagnait. Ils rirent d’abord d’un enfançon nu qui cherchait à introduire son orteil dodu dans sa drôle de petite bouche rose ; ils rirent ensuite d’un petit chat qui courait après sa queue ; et puis ils rirent d’un jeune garçon qui s’efforçait de dérober un baiser à une jeune fille, et qui recevait des taloches. Ils rirent enfin parce que le vent leur soufflait dans la figure, tandis qu’ils dévalaient à eux deux la pente d’une colline, au bas de laquelle ils se jetèrent tout haletants et hors d’haleine dans un attroupement de villageois. Les villageois, eux aussi, rirent de leurs vêtements qui volaient et de leurs visages rougis par le vent ; et dans la soirée ils leur donnèrent à manger et les invitèrent à un bal sur l’herbe, où chacun riait, naïvement heureux de se livrer à la danse.
Cette nuit-là, Leo se dressa d’un bond aux côtés de Virgo, en s’écriant :
— Chacun de ces gens que nous venons de rencontrer mourra…
— Nous aussi, répliqua Virgo, mi-endormie. Recouche-toi, mon aimé.
Leo ne vit pas qu’elle avait le visage mouillé de pleurs.
Mais Leo se leva et partit au loin dans les champs, poussé en avant par la crainte de la mort pour lui et pour Virgo, qui lui était plus chère que lui-même. Enfin il rencontra le Taureau qui sommeillait au clair de lune après une journée de dur travail, et considérait de ses yeux entre-clos les beaux sillons droits qu’il avait creusés.
— Ho ! dit le Taureau, on t’a donc prédit également ces choses. Laquelle des Maisons te réserve la mort ?
Leo leva le doigt vers la sombre Maison du Crabe et soupira :
— Et il viendra aussi prendre Virgo.
— Et alors, dit le Taureau, que vas-tu faire ?