Leo s’assit sur la digue et avoua son ignorance.

— Tu ne sais pas tirer la charrue, dit le Taureau avec un peu de dédain. Moi, je sais, et cela m’empêche de penser au Scorpion.

Leo fut irrité et ne dit plus rien jusqu’à la venue de l’aurore, où le cultivateur vint atteler le Taureau à son travail.

— Chante, dit le Taureau tandis que le joug raide de boue grinçait sous l’effort. J’ai l’épaule écorchée. Chante un de ces airs que nous chantions lorsque nous nous croyions des dieux.

Leo se recula dans la cannaie et entonna le Chant des Enfants du Zodiaque… l’hymne de guerre des jeunes que rien n’effraie. Au début il poussa le chant à contre-cœur, et puis le chant l’entraîna, et sa voix roulait sur les guérets, et le Taureau marchait en mesure, et le cultivateur lui donnait des coups sur les flancs par pure gaieté de cœur, et les sillons se déroulaient de plus en plus vite derrière la charrue. Puis arriva à travers champs Virgo, qui cherchait Leo : elle le trouva chantant dans la cannaie. Elle joignit sa voix à la sienne, et la femme du cultivateur apporta son fuseau à l’air libre et les écouta, entourée de tous ses enfants. Quand vint l’heure de la méridienne, Leo et Virgo avaient soif et faim d’avoir chanté, mais le cultivateur et sa femme leur donnèrent du pain de seigle et du lait, et beaucoup de remerciements, et le Taureau trouva l’occasion de dire :

— Vous m’avez aidé à faire un bon demi-champ de plus que je n’aurais fait autrement. Mais le plus dur de la journée est encore à venir, frère.

Leo désira s’étendre à terre et méditer sur les paroles du Crabe. Virgo s’en alla causer avec la femme et le bébé du cultivateur, et le labourage d’après-midi commença.

— Aide-nous maintenant, dit le Taureau. Les énergies du jour baissent. J’ai les jambes toutes roides. Chante comme tu n’as jamais chanté.

— Pour un villageois boueux ? dit Leo.

— Il est sous le même signe que nous. Es-tu donc lâche ? dit le Taureau.