Leo rougit et recommença, la gorge irritée, et de mauvaise humeur. Peu à peu il dévia du Chant des Enfants, et sans désemparer composa un chant ; et c’était là chose qu’il n’aurait jamais faite s’il n’eût rencontré le Crabe face à face. Il se souvint de détails concernant les cultivateurs et les bœufs et les rizières, qu’il n’avait pas spécialement remarqués avant l’entrevue, et les relia ensemble, s’y intéressant davantage à mesure qu’il chantait, et il en conta au cultivateur au sujet de son travail et sur lui-même, beaucoup plus que n’en savait le cultivateur. Le Taureau l’approuvait par ses grognements, tout en peinant dans les sillons pour la dernière fois de ce jour-là, et le chant se termina, laissant le cultivateur avec une très bonne opinion de lui-même en dépit de ses os douloureux. Virgo sortit de la cabane où elle avait tenu tranquilles les enfants et conté à l’épouse des propos de femme, et ils mangèrent tous ensemble le repas du soir.

— Vous devez avoir là une existence bien agréable, dit le cultivateur, à rester assis comme ça sur une digue tout le jour et à chanter ce qui vous passe par la tête. Dites, vous deux, y a-t-il longtemps que vous menez cette vie… de bohémiens ?

— Oh ! beugla le Taureau, de sa litière. Voilà tous les remerciements que tu recevras jamais des hommes, frère.

— Non, répondit Virgo au paysan. Nous venons seulement de commencer ; mais nous allons nous y tenir aussi longtemps que nous vivrons. N’est-ce pas, Leo ?

— Oui, dit celui-ci.

Et ils s’éloignèrent, la main dans la main.

— Tu chantes admirablement, Leo, dit celle-ci comme une femme doit le dire à son mari.

— Et toi, qu’as-tu fait ? demanda-t-il.

— J’ai causé avec la mère et les petits. Tu ne croirais jamais comme il nous faut peu de chose pour nous faire rire, nous autres femmes.

— Et… suis-je destiné à poursuivre ce… ce métier de bohémien ? dit Leo.