— Cela ne pouvait pas être autrement, dit Ortheris. Mais tu devais être encore plus plein que d’habitude. Je connais déjà un drôle de tour que tu as fait avec un éléphant, pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de l’autre ?

— Parce que, si tu n’avais pas entendu ce que ce négro-ci vient de nous raconter de lui-même, tu m’aurais traité de menteur, Stanley mon fils, et ç’aurait été mon devoir et ma joie de t’administrer la plus mémorable des cinglées ! Il n’y a qu’un défaut en toi, petit homme, et c’est de croire que tu sais tout ce qui existe au monde, et un peu davantage. C’est là un défaut qui a nui à quelques officiers sous lesquels j’ai servi, sans parler de tous les civils, sauf deux, dont j’ai essayé de faire des soldats.

— Hé ! dit Ortheris, hérissé, et qui étaient tes deux fichus petits Sir Garnet[6], hein ?

[6] Allusion au maréchal Sir Garnet Wolseley, qui était sorti du rang.

— L’un était moi-même, dit Mulvaney avec un sourire que l’obscurité ne put dissimuler ; et… vu qu’il n’est pas ici il n’y a pas de mal à parler de lui… l’autre était Jock.

— Jock n’est rien qu’une meule de foin en pantalon. C’est du moins à l’instar d’une meule de foin qu’il se comporte, et il est incapable d’en atteindre une à cent mètres ; il est né sur une, et je crains bien qu’il ne meure sur une autre, faute de savoir demander ce qu’il lui faut en un langage chrétien, lâcha Ortheris, qui ne se leva d’un bond de dessus la litière empilée que pour se voir étaler d’un croc-en-jambe.

Vixen lui sauta sur le ventre, où les autres chiens la suivirent et s’installèrent également.

— Je sais à quoi Jock ressemble, dis-je. Mais je veux entendre l’histoire de l’éléphant.

— C’est encore un des sacrés installages de Mulvaney, dit Ortheris, qui haletait sous le poids des chiens. Lui et Jock, il n’y a qu’eux deux dans toute la sacrée armée britannique ! La prochaine fois, tu diras que vous avez gagné la bataille de Waterloo, toi et Jock. Eh ! va donc !

Ni Mulvaney ni moi ne crûmes bon de nous occuper d’Ortheris. Le gros éléphant à canon s’agitait et grognait dans ses liens, lançant par intervalles d’éclatants coups de trompette. C’est avec cet accompagnement que Térence continua :