« — Il serait déjà entré à Ventry si c’était là son intention, dis-je.
« — Ils vont lui démancher la cheminée, de ce train-là, dit Bell. Pourquoi donc Bannister ne tient-il pas le cap à la mer ?
« — A cause de la queue d’arbre, répliquai-je. Il préfère rouler plutôt que de tanguer, avec des fêlures superficielles dans la queue d’arbre. Calder le sait bien.
« — C’est du vilain travail que de mener des vapeurs cet hiver, reprit Bell.
« Sa barbe et ses favoris étaient gelés sur son ciré, dont l’embrun saupoudrait de blanc le côté au vent. Un véritable temps d’hiver de l’Atlantique Nord.
« L’un après l’autre la mer nous arracha nos trois canots et tordit les portemanteaux comme des cornes de bélier.
« — Ça va mal, dit Bell à la fin. On ne peut faire passer une amarre sans canots.
« Bell était un homme très judicieux… pour quelqu’un d’Aberdeen.
« Je ne suis pas de ceux qui se révoltent contre les circonstances extérieures à la salle de la machine, aussi je me glissai en bas, dans l’intervalle de deux coups de mer, pour voir comment se comportait le Kite. Mon bon, c’est en son genre le navire le mieux gréé qui soit jamais sorti de la Clyde ! Kinloch, mon second, le savait aussi bien que moi. Je le trouvai faisant sécher ses savates sur le générateur, et se peignant les favoris avec le peigne que Janet m’a donné l’an dernier, tout comme si nous étions au port. Je fis jouer l’alimentation, inspectai la chaufferie, tâtai les coussinets, crachai sur le palier de butée pour me porter chance, donnai à tous ma bénédiction, et enlevai les savates de Kinloch avant de remonter sur la passerelle.
« Alors Bell me passa la roue, et alla en bas pour se réchauffer. Quand il remonta, mes gants étaient gelés sur les manettes et la glace cliquetait à mes cils. Un vrai temps d’hiver de l’Atlantique Nord, je le répète.