« Le Grotkau siffle sans discontinuer pendant cinq minutes, et puis ce furent d’autres pièces d’artifice… une vraie représentation.
« — Cela ne s’adresse pas à des vrais gens du métier, dit Bell. Vous avez raison, Mac. C’est pour un plein carré de passagers.
« Il regarda attentivement dans ses jumelles de nuit, car il y avait de la brume dans le sud.
« — Qu’est-ce que vous en dites ? fis-je.
« — Un transat, répondit-il. Voilà sa fusée. Oh ! aïe ! on a réveillé le capitaine chamarré d’or, et… voilà qu’on réveille les passagers. On allume l’électricité dans toutes les cabines… Encore une autre fusée ! Ils viennent au secours des infortunés naufragés.
« — Passez-moi la lorgnette, dis-je.
« Mais Bell trépignait sur la passerelle, totalement frénétique.
« — Un paquebot-poste… un paquebot-poste… un paquebot-poste ! s’écria-t-il. Ayant contrat avec le gouvernement pour le transport régulier de la malle ; et comme tels, Mac, notez-le, ils peuvent sauver des gens en mer, mais ils ne peuvent prendre en remorque… ça leur est interdit ! Voilà le signal de nuit de ce paquebot-poste ! Il sera là dans une demi-heure.
« — Dieu ! fis-je, et nous resplendissons ici de toutes nos lumières. Oh ! Bell, mais vous êtes stupide !
« Il dégringola de la passerelle à l’avant, tandis que je dégringolais à l’arrière, et en l’espace d’un clin d’œil nos lumières furent éteintes, l’écoutille de la machine masquée, et nous restâmes noirs comme poix, à regarder venir les lumières du courrier auquel le Grotkau avait fait des signaux. Il s’amenait à vingt milles à l’heure, toutes ses cabines illuminées et ses canots parés. Ce fut exécuté splendidement, et en moins d’une heure. Il stoppa comme la machine à coudre de Mme Holdock ; le passavant s’abattit, les canots descendirent, et dix minutes plus tard nous entendions l’acclamation des passagers et le navire s’éloignait.