Il baissa la voix. Je vis Ortheris saluer, dire quelque chose, et rester au port d’armes.

— Rompez les rangs, dit Brander, brièvement.

Les hommes se dispersèrent.

— Je n’y comprends rien. Vous dites que…?

Et il adressa un signe de tête à Ouless, qui lui dit de nouveau quelque chose. Ortheris restait immobile : le lambeau de sa tunique lui retombait presque jusqu’à son ceinturon. Il avait, comme disait Brander, une belle paire d’épaules, et s’enorgueillissait de sa tunique bien collante. Je l’entendis dire :

— ’Mande pardon, mon capitaine, mais je pense que mon lieutenant est resté trop longtemps au soleil. Il ne se rappelle plus bien les choses, mon capitaine. Je suis venu à l’exercice avec un bout de déchirure, et elle s’est agrandie, mon capitaine, à force de porter armes, comme je vous l’ai dit, mon capitaine.

Brander regardait alternativement les deux visages, et je pense que son opinion fut faite, car il dit à Ortheris de rejoindre les autres hommes qui refluaient vers les casernes. Puis il parla à Ouless et s’en alla, laissant le gamin au milieu du terrain d’exercices, tiraillant le nœud de son épée.

Le sous-lieutenant leva les yeux, me vit étendu sur le canon, et vint à moi en mordillant le bout de son index ganté, si complètement démoralisé qu’il n’eut même pas l’intelligence de garder son trouble pour lui.

— Dites, vous avez vu ça, je suppose ?

D’un signe de tête en arrière il désigna la cour, où la poussière laissée par les hommes qui s’éloignaient se déposait en cercles blanchâtres.