Les deux tiers du régiment formèrent le cortège. La fanfare n'y était pas, mais tous chantaient: L'endroit où mourut le vieux cheval, air qu'ils jugeaient respectueux et de circonstance.
Quand le corps eut été descendu dans la fosse, alors que les hommes commençaient à y jeter des brassées de roses, le sergent maréchal ferrant lâcha un juron et dit tout haut:
—Mais ça n'est pas plus le cheval-tambour que moi!
Les sergents-majors de troupe lui demandèrent s'il n'avait pas laissé sa raison à la cantine.
Le sergent maréchal ferrant répondit qu'il connaissait les pieds du cheval-tambour aussi bien que les siens, mais il se tut quand il vit le numéro du régiment marqué au fer rouge sur le sabot raidi et retourné de la pauvre bête.
C'est ainsi qu'on ensevelit le cheval-tambour des Hussards blancs, cependant que le sergent maréchal ferrant grognait toujours.
La bâche qui couvrait le corps était barbouillée de peinture noire en maints endroits, et le sergent maréchal attira l'attention sur ce détail, mais le sergent-major du cinquième escadron lui lança un bon coup de pied dans les jambes et lui dit qu'il était évidemment ivre.
Le lundi qui suivit l'enterrement, le colonel chercha à prendre sa revanche sur les Hussards blancs.
Par malheur, comme il était temporairement commandant d'armes, il ordonna une manœuvre de brigade. Il dit qu'il ferait «trimer le régiment pour son insolence», et il mit sa menace à exécution.
Ce lundi-là fut une des journées les plus pénibles dont les Hussards blancs aient gardé le souvenir.