Mistress Bronckhorst s'en allait, tâchant de tout couvrir d'un sourire, et l'invité de cette soirée-là en éprouvait de la mauvaise humeur et de la gêne.
Après trois ans de cette joyeuse vie,—car mistress Bronckhorst n'avait pas d'amies avec qui elle pût causer,—la station sursauta en apprenant que Bronckhorst avait intenté un procès pour relations criminelles à un homme nommé Biel qui avait, à vrai dire, témoigné des attentions à mistress Bronckhorst toutes les fois qu'elle s'était montrée en public.
Le manque absolu de réserve dont Bronckhorst faisait preuve dans cette affaire où il s'agissait de son déshonneur, nous fit pressentir que les dépositions contre Biel ne porteraient sur des circonstances accessoires et seraient basées sur des témoignages d'indigènes.
Il n'y avait point de lettres, mais Bronckhorst déclarait à qui voulait l'entendre qu'il remuerait ciel et terre pour voir Biel surveiller la fabrication des tapis dans la prison centrale.
Mistress Bronckhorst ne sortait pas de chez elle et laissait les âmes charitables dire ce qui leur plaisait.
Les avis étaient partagés.
Les deux tiers environ des habitants de la station conclurent sans hésiter que Biel était coupable. Mais il y avait une douzaine de gens qui, le connaissant et l'aimant, le soutenaient.
Biel était furieux et étonné. Il nia tout et fit le serment de corriger Bronckhorst jusqu'à ce qu'il fût presque mort.
Aucun jury, nous le savions, ne condamnerait un homme sur des accusations criminelles portées par des indigènes, dans un pays où l'on peut acheter des témoins pour étayer une accusation d'assassinat,—et acquérir un cadavre par-dessus le marché,—pour cinquante-quatre roupies.
Mais Biel ne voulait pas se tirer d'affaire avec le bénéfice du doute. Il voulait que la lumière se fît entièrement.