Vous savez comment, dans l'Inde, on recommande à la légère des gens que l'on connaît superficiellement.
C'est un procédé qui offre de grands avantages, car si un homme vous déplaît, vous pouvez vous défaire de lui en lui écrivant une lettre d'introduction, et en l'embarquant dans le train avec la lettre. C'est la meilleure façon de traiter les «gentlemen à titre temporaire ou, par abréviation, à T.T.». Si vous les faites circuler, ils n'ont pas le loisir de dire des insultes et des choses blessantes à l'adresse de «la société anglo-indienne».
Un jour, vers la fin de la saison froide, je reçus une lettre préparatoire de Tranter, du pays de Bombay, qui m'avisait de la venue d'un gentleman à T.T., un certain Jevon, et me disait, suivant la formule ordinaire, que tout ce que je ferais pour être agréable à Jevon serait agréable à lui, Tranter.
Tout le monde sait que c'est le libellé officiel de ce genre de communications.
Deux jours après, Jevon arriva, porteur de sa lettre d'introduction, et je fis de mon mieux pour lui.
C'était un homme aux cheveux couleur filasse, au teint frais, et très anglais. Il n'avait pas, cependant, d'opinion spéciale sur le gouvernement de l'Inde.
Il n'insista pas non plus pour abattre des tigres sur le mail de la station, ainsi que le font certains gentlemen à T.T.
Il ne nous traita pas de «coloniaux»; il ne dîna point en chemise de flanelle et complet de grosse laine, comme le font d'autres gentlemen à T.T., qui sont dupes de l'illusion coloniale.
Il avait de bonnes manières. Il se montra très reconnaissant du peu que je fis pour lui, très reconnaissant lorsque je lui procurai une invitation pour le Bal Afghan et que je le présentai à mistress Deemes, pour qui je professais autant de respect que d'admiration, et qui dansait comme l'ombre d'une feuille sous un vent léger.
J'attachais un grand prix à l'estime de mistress Deemes et, si j'avais su ce qui se préparait, j'aurais cassé le cou à Jevon avec une tringle à rideaux plutôt que de lui procurer cette invitation.