Comme il était illuminé par ce soudain et nouveau flambeau de l'amour, il fit de ces ossements desséchés de l'histoire, de ces récits poudreux de méchantes actions, une œuvre où l'on trouvait de quoi rire, de quoi pleurer, à son gré. Son cœur et son âme étaient au bout de sa plume, et ils passèrent dans ses écrits.

Il fit preuve de sentiment, de pénétration, d'humour et de style pendant deux cent trente jours et autant de nuits, et son livre était un Livre.

Il portait en lui-même, pour ainsi dire, ses vastes connaissances spéciales, mais l'âme des choses, ce qu'il y a de vraiment humain en elles, la poésie et la faculté d'expression, voilà qui était en dehors de toute connaissance spéciale.

Cependant, je n'affirmerais pas qu'il eût conscience de la faculté qui était alors en lui et qu'il n'eût pas perdu quelque peu de bonheur.

Il travaillait pour Tillie Venner, non pour lui-même. Souvent les hommes font leur œuvre la meilleure avec un bandeau sur les yeux, pour l'amour de quelqu'un d'autre.

Aussi, disons-le,—bien que cela n'ait rien à voir avec ce récit,—dans l'Inde, où tout le monde se connaît, il peut vous arriver d'observer des hommes qui sont poussés par la femme qui les mène. Elle les fait sortir du rang et les envoie occuper isolément quelque position dominante.

Dans ce cas, un homme qui a du fond, une fois lancé, continue à aller de l'avant; mais un homme de valeur ordinaire rentre dans le rang et on n'entend plus parler de lui dès que la femme cesse de s'intéresser à son succès et d'y voir un hommage rendu à sa puissance.

Wressley porta à Simla le premier exemplaire de son ouvrage, et, tout rougissant et bégayant, l'offrit à miss Venner. Elle en lut quelques lignes. Je rapporte mot à mot son appréciation:

—Oh! votre livre: il n'y est question que de ces horribles Wajahs! Je ne l'ai pas compris.

Wressley, des Affaires Étrangères, fut brisé, assommé,—je n'exagère rien,—par cette petite fille frivole.