Elle en tira un gros paquet, enveloppé d'un jupon, et qui était composé de feuilles jaunies, toutes numérotées et couvertes d'une fine écriture convulsive.
Mac Intosh plongea sa main dans le tas, et le remua avec affection.
—Ceci, dit-il, c'est mon œuvre, le livre de Mac Intosh Jellaludin, où l'on apprend ce qu'il a vu, comment il a vécu, et ce qui advint à lui et à d'autres; c'est aussi le récit de la vie des péchés et de la mort de la mère Maturin. Ce qu'est le livre de Mirza Murad Ali Beg par rapport à tous les autres livres sur la vie des indigènes, mon livre le sera par rapport au livre de Mirza Murad Ali Beg.
C'était là une affirmation bien audacieuse, pour quiconque connaît le livre de Mirza Murad Ali Beg.
Les papiers ne paraissaient pas avoir grande valeur, mais Mac Intosh les maniait comme s'ils eussent été des billets de banque.
Alors il dit avec lenteur:
—Malgré les nombreuses lacunes de votre éducation, vous avez été bon pour moi. Je parlerai de votre tabac, quand j'arriverai parmi les dieux. Je vous suis redevable de bien des services. Mais je hais toute obligation. C'est pour ce motif que je vous lègue présentement ce monument plus durable que l'airain,—mon livre,—dont certaines parties sont encore à l'état d'ébauche imparfaite; mais les autres… comme elles sont précieuses! Je me demande si vous comprendrez… C'est un présent plus honorable que… Bah! où va donc s'égarer mon cerveau? Vous allez le mutiler horriblement. Vous en ôterez les perles que vous appelez «citations latines», philistin que vous êtes, et vous massacrerez le style pour le transformer en votre jargon sautillant. Mais vous n'arriverez pas à le défigurer entièrement. Je vous le lègue. Ethel!… Encore mon cerveau!… Mistress Mac Intosh, je vous prends à témoin que je lègue au Sahib tous ces papiers. Ils ne vous serviraient à rien, cœur de mon cœur. Et je vous les confie, reprit-il en s'adressant à moi, afin que vous ne laissiez pas périr mon livre dans son état actuel. Il vous appartient, sans condition. C'est l'histoire de Mac Intosh Jellaludin, qui n'est point l'histoire de Mac Intosh Jellaludin, mais celle d'un homme plus grand que lui, et d'une femme bien plus grande encore. Écoutez maintenant! Je ne suis ni fou ni ivre! Ce livre vous rendra fameux.
Je dis «merci» quand la femme indigène me mit le paquet entre les mains.
—Mon seul enfant! dit Mac Intosh en souriant.
Il s'affaiblissait rapidement, mais il ne cessa de parler tant qu'il lui resta du souffle.