Pour sa race, elle était extrêmement grande.

Elle avait aussi des yeux admirables et, si elle n'avait porté ces abominables robes d'étoffe de couleur qu'affectionnent les missions, à la rencontrer à l'improviste sur le versant des Collines on l'eût prise pour la Diane romaine partant en chasse.

Lispeth devint très sérieusement chrétienne. Elle n'abandonna pas cette religion quand elle fut femme, comme le font tant de jeunes filles des Collines.

Ses compatriotes la détestaient parce que, disaient-ils, elle était devenue une memsahib[1] et qu'elle se lavait tous les jours.

[1] Abréviation de «Madam Sahib»: une Européenne.

La femme du chapelain ne savait comment l'employer. De quelque manière que l'on s'y prenne on ne peut pas demander à une majestueuse déesse, qui mesure cinq pieds dix pouces, avec ses chaussures, de nettoyer des assiettes et des plats.

Elle jouait avec les enfants du chapelain et suivait les cours de l'école du dimanche. Elle lisait tous les livres que possédait le chapelain, et devenait de jour en jour plus belle, comme les princesses des contes de fées.

La femme du chapelain estimait que la jeune fille devait se placer à Simla comme bonne d'enfants ou dans quelque poste «distingué». Mais Lispeth ne jugea pas utile d'entrer en place. Elle était heureuse comme elle était.

Quand des voyageurs,—il n'y en avait pas beaucoup à cette époque,—venaient à Kotgarh, Lispeth avait l'habitude de s'enfermer dans sa chambre, de peur qu'ils ne l'emmenassent à Simla, ou quelque part dans le monde inconnu.

Un jour, quelques mois après avoir atteint sa dix-septième année, Lispeth sortit pour aller se promener.