Une cardamome signifie «jalousie», mais quand un objet quelconque est en double dans une lettre d'amour, il perd son sens symbolique et ne représente plus qu'un nombre indiquant le temps; s'il y est joint de l'encens, du caillé, du safran, c'est une indication de lieu.
Dès lors le message s'interprétait ainsi: «Une veuve,—fleur de dhak, et bhusa,—à onze heures.»
La pincée de bhusa mit Tréjago sur la piste.
Il sentit—cette sorte de lettre comporte une bonne dose d'intuition—que le bhusa était une allusion au gros tas d'herbages à bestiaux sur lequel il avait trébuché dans la ruelle d'Amir Nath, que le message devait venir de la personne qu'il avait entendue derrière le grillage, et qu'elle était veuve.
En somme, le message était ainsi conçu:
«Une veuve, dans la ruelle où se trouve le tas de bhusa, vous prie de venir à onze heures.»
Tréjago jeta tous les débris dans l'âtre et se mit à rire.
Il savait qu'en Orient les hommes ne font point l'amour sous des fenêtres à onze heures du matin, et que les femmes ne donnent pas leurs rendez-vous une semaine à l'avance.
Aussi, cette même nuit, à onze heures, alla-t-il dans la ruelle d'Amir Nath, enveloppé d'un boorka, manteau qui sert aux hommes comme aux femmes.
Dès que les gongs de la cité eurent sonné l'heure, la petite voix derrière le grillage reprit le Chant d'amour de Har Dyal, au passage où la jeune fille panthan implore le retour de Har Dyal.