Dans l'original, c'est une romance vraiment jolie; dans une traduction, vous ne retrouverez pas son accent plaintif.
En voici une version approximative:
Seule, sur les toits, je me tourne vers le nord, et j'épie l'éclair dans le ciel, l'éclat de ta marche dans le nord. Reviens à moi, ô bien-aimé, ou je meurs!
Au-dessous de moi s'étend le bazar endormi; bien loin, bien loin, s'allongent les chameaux fatigués, les chameaux et les captifs de ta razzia. Reviens à moi, ô bien-aimé, ou je meurs!
La femme de mon père est vieille, aigrie par les années, et je suis la servante à tout faire dans la maison de mon père; le chagrin est mon pain et les larmes sont ma boisson. Reviens à moi, ô bien-aimé, ou je meurs!
Quand la chanteuse se tut, Tréjago s'avança jusque sous le grillage et murmura:
—Me voici.
Bisesa était agréable à voir.
Cette nuit fut le début d'une foule de choses étranges et d'une vie en partie double si compliquée, qu'aujourd'hui Tréjago se demande s'il n'a pas été le jouet d'un rêve.
Bisesa,—à moins que ce ne fût la vieille servante qui avait jeté la lettre symbolique,—avait descellé le lourd grillage d'entre les briques du mur, de sorte que la fenêtre glissait en dedans, ne laissant plus qu'une ouverture carrée de simple maçonnerie par où pouvait grimper un homme de quelque agilité.
Pendant la journée, Tréjago accomplissait sa monotone besogne de bureau, ou bien il faisait sa toilette et rendait visite aux dames anglaises de la station, en se demandant pendant combien de temps elles consentiraient à le connaître, si elles apprenaient l'existence de la pauvre petite Bisesa.
Le soir, quand la ville était endormie, il partait couvert d'un boorka malodorant. Il arpentait le quartier qui est derrière le bustee de Jitha Megji, tournait brusquement pour entrer dans l'impasse d'Amir Nath, entre les bestiaux endormis et les murs nus. Et enfin, c'était Bisesa, et le bruit de la respiration profonde et régulière des vieilles femmes qui dormaient à la porte de la chambrette pauvrement meublée que Durga Charan avait réservée à la fille de sa sœur.