La plus grande partie de ce qu'on a écrit sur la passion et l'élan impulsif chez la femme orientale est exagéré et compilé de seconde main; pourtant il y a là un peu de vérité; quand un Anglais le découvre, cela le stupéfie autant que pourrait le faire une passion dans sa propre existence.
Bisesa eut des crises de rage. Elle tempêta, et finalement menaça de se tuer si Tréjago ne renonçait pas sur-le-champ à la memsahib qui était venue se mettre entre eux.
Tréjago voulut s'expliquer, lui montrer qu'elle ne comprenait pas la situation à un point de vue occidental.
Bisesa se redressa et dit simplement:
—Je ne la comprends pas. Tout ce que je sais, le voici: c'est qu'il n'est pas bien que je vous aie aimé plus que mon propre cœur, sahib. Vous êtes un Anglais. Je ne suis qu'une fille noire (elle était plus blonde que l'or en barre de la Monnaie) et la veuve d'un homme noir.
Alors elle sanglota et ajouta:
—Mais sur mon âme et sur l'âme de ma mère, je vous aime. Il ne vous arrivera jamais malheur, quoi qu'il puisse advenir de moi.
Tréjago raisonna la fillette, et fit de son mieux pour la calmer, mais elle paraissait troublée au delà des limites raisonnables.
La seule chose qui pût la satisfaire, c'était la rupture de toutes relations entre eux.
Il fallait qu'il la quittât sur-le-champ.