Vous pouviez jouer au polo avec lui dans l'après-midi, et l'entendre s'exprimer en termes nets sur le compte d'un mauvais joueur; vous pouviez aussi aller le voir, le lendemain, pour négocier un emprunt de deux mille roupies sur une police d'assurance de cinq mille livres, dont les primes déjà payées s'élèvent à quatre-vingts livres.
Il vous reconnaissait, mais vous aviez quelque peine à le reconnaître.
Les directeurs de la banque,—elle avait son siège central à Calcutta, et les avis de son directeur général avaient du poids auprès du gouvernement,—choisissaient leurs hommes avec soin.
Ils avaient soumis Reggie à une épreuve, à un entraînement des plus sévères. Ils avaient en lui autant de confiance qu'un directeur général peut en témoigner aux directeurs de ses succursales.
Vous verrez vous-même si cette confiance était mal placée.
La succursale de Reggie était située dans une Station importante, et comportait le personnel habituel: le gérant, le comptable,—tous deux Anglais,—un caissier, et une foule d'employés indigènes, sans compter, le soir, les patrouilleurs de la police devant la porte.
La besogne courante, pour cette banque située dans un pays riche, consiste en hoondi[21] et en prêts de toutes sortes.
[21] Lettres de change.
Un imbécile est incapable de s'assimiler ce genre d'affaires.
Un homme intelligent, qui ne fréquenterait pas ses clients, qui ne connaîtrait pas leurs affaires par le menu, serait pire qu'un imbécile.