Les jours passèrent dans la grande maison sombre, et la lettre de renvoi destinée à Riley arriva. Elle fut mise de côté par Reggie, qui, chaque jour, portait les registres chez Riley et lui rendait compte de ce qui avait été fait; Riley l'écoutait en grognant.
Reggie faisait de son mieux pour montrer les choses sous un jour qui plût à Riley, mais le comptable était convaincu que la banque courait à sa perte, à une débâcle, puisqu'il n'était pas là.
En juin, comme le séjour au lit lui faisait perdre de son aplomb, il demanda si son absence avait été remarquée des directeurs, et Reggie lui parla de lettres fort sympathiques, dans lesquelles on exprimait l'espoir qu'il serait bientôt en état de reprendre un poste où il rendait tant de services.
Il montra les lettres à Riley, mais Riley dit que l'on aurait dû lui écrire directement.
Quelques jours après, Reggie ouvrit le courrier de Riley dans la pénombre de la pièce et lui donna, en gardant l'enveloppe, une lettre des directeurs adressée à lui, Riley.
Celui-ci dit à Reggie qu'il lui saurait gré de ne pas mettre le nez dans ses papiers personnels, et cela d'autant plus que M. Burke le savait trop faible pour ouvrir ses propres lettres.
Reggie fit des excuses.
Alors l'humeur de Riley changea, et il fit à Reggie des observations sur sa mauvaise conduite: ses chevaux, ses amis dangereux.
—Naturellement, monsieur Burke, tel que me voilà, étendu sur le dos, je ne puis pas vous maintenir dans le bon chemin, mais quand j'irai mieux, j'espère que vous prêterez quelque attention à ce que je vous dis.
Reggie, qui avait renoncé au polo, aux dîners, au tennis, tout cela pour s'occuper de Riley, répondit qu'il se repentait. Il arrangea l'oreiller sous la tête de Riley, l'entendit bougonner, répliquer en phrases dures, sèches, entrecoupées, et ne trahit aucune impatience.