Chaque mois, il adressait à sa femme tout ce qu'il lui était possible d'économiser, et cela pour une raison qui devait s'expliquer d'elle-même dans peu de temps, et qui exigerait encore davantage d'argent.

Vers ce moment-là, Dicky fut en proie à la crainte nerveuse, incessante, qui assiège les gens mariés quand ils ont l'esprit inquiet.

Il n'avait aucune perspective d'obtenir une pension. Qu'arriverait-il s'il venait à mourir subitement, sans avoir rien pu faire pour sa femme?

Cette pensée finit par le hanter régulièrement pendant les nuits silencieuses et brûlantes qu'il passait sur le toit, et les mouvements désordonnés de son cœur lui faisaient craindre de mourir subitement d'une crise cardiaque.

Or, c'est là un état d'esprit qu'un tout jeune homme n'a nul droit de connaître. Ce sont des ennuis qui incombent aux hommes faits. Mais, venant tout de même, ils affolaient le pauvre Dicky Hatt, qui transpirait faute d'un punkah.

Et il ne pouvait en parler à personne.

Dicky avait terriblement besoin d'argent, et, pour en avoir, il travaillait comme un cheval.

Mais les gens dont il dépendait savaient qu'un jeune homme peut vivre très confortablement avec un revenu donné. Les salaires sont, dans l'Inde, affaire d'âge et non de mérite, comme vous savez, et si ce garçon-là voulait bien faire l'ouvrage de deux jeunes employés, la Science des affaires défendait qu'on l'en empêchât.

Mais la Science des affaires défendait aussi de lui donner une augmentation, à un âge aussi ridiculement précoce.

Néanmoins, Dicky eut une certaine augmentation de salaire, considérable, vu son âge, mais bien insuffisante pour entretenir une femme et un enfant, trop faible certainement pour qu'il pût réunir les sept cents roupies qu'exigeait le voyage, ce voyage dont lui et mistress Hatt avaient parlé à la légère autrefois.