Et il dut se tenir pour satisfait de son sort.
Quoi qu'il en soit, on eût dit que tout son argent se volatilisait en mandats pour l'Angleterre et en frais écrasants de change. En même temps, le ton des lettres qu'il recevait du pays changeait, tournait à la plainte.
«Pourquoi Dicky ne voulait-il pas faire venir sa femme et son bébé? Certainement, il avait de beaux appointements, et c'était bien mal d'en jouir tout seul dans l'Inde. Mais ne voudrait-il, ne pourrait-il pas grossir le prochain envoi?»
Suivait une énumération du trousseau de l'enfant, aussi longue qu'une facture de Parsi.
Alors le cœur de Dicky, tout plein du désir d'avoir sa femme et le petit enfant qu'il n'avait jamais vu,—c'est encore là un désir qui devrait être interdit à un tout jeune homme,—lui commandait d'envoyer un peu plus d'argent.
Il écrivait des lettres bizarres, à moitié viriles, à moitié enfantines, où il disait que la vie n'avait, après tout, pas beaucoup de charmes, et où il demandait si sa petite femme ne prendrait pas patience quelque temps encore.
Mais la petite femme, tout en faisant bon accueil à l'argent, s'impatientait d'attendre, et il y avait dans ses lettres je ne sais quelle note dure et étrange que Dicky n'arrivait pas à comprendre.
Et comment l'eût-il compris, le pauvre petit?
Plus tard encore,—tout comme on l'avait conté à Dicky à propos d'un autre blanc-bec qui «s'était couvert de ridicule» comme on dit,—et dont le mariage n'aurait pas seulement pour effet de détruire toutes ses chances d'avancement, mais encore celui de lui faire perdre son emploi actuel,—il reçut la nouvelle que son enfant, son cher enfant, son petit enfant, était mort. Et, à la suite, quarante lignes de pattes de mouches, telles qu'en trace une main de femme affolée, l'informaient que cette mort aurait pu être évitée si certaines choses, toutes assez coûteuses, avaient été faites, et si la mère et le bébé avaient été avec Dicky.
Cette lettre frappa Dicky en plein cœur, car n'ayant pas officiellement le droit d'être père, il lui était interdit de laisser voir son chagrin.