Bobby était couvert de poussière et de sueur de la tête aux pieds, bien avant midi; mais son enthousiasme n’était point diminué, il n’était que concentré en un foyer.

Il revint s’asseoir aux pieds de Revere, le patron, c’est-à-dire le capitaine de sa compagnie, pour se faire instruire dans l’art sombre et mystérieux de manier les hommes, art qui forme une très grande partie de l’art militaire.

—Si vous n’avez pas goût à la chose, disait Revere entre les bouffées de son cigare, vous n’arriverez jamais à saisir le joint, mais rappelez-vous-le, Bobby, ce n’est point par le bon exercice, quoique l’exercice soit presque tout, qu’on fait traverser l’Enfer à un régiment, et qu’on le fait sortir par l’autre bout. C’est l’homme qui sait mener,—mener les hommes, mener des chèvres, mener des porcs, mener des chiens, etc.

—Dormer, par exemple, dit Bobby. Je crois qu’il rentre dans la catégorie des meneurs d’imbéciles. Il boude comme une chouette malade.

—C’est en quoi vous faites erreur, mon fils. Dormer n’est pas encore un imbécile, mais c’est un soldat diablement sale, et le caporal de sa chambrée se gausse de ses chaussures avant l’inspection du paquetage. Dormer, qui est aux deux tiers une brute, va dans un coin et grogne.

—Comment savez-vous cela? dit Bobby avec admiration.

—Parce qu’un commandant de compagnie doit savoir ces choses,—et que s’il ne les sait pas, il peut se faire qu’un crime,—ou un assassinat,—se complote sous son nez, sans qu’il en aperçoive aucun indice.

On est en train de casser les reins à Dormer,—tout gros qu’il est,—et il n’a pas assez d’esprit pour s’en fâcher. Il s’est mis à se pocharder en douce, et, Bobby, quand celui qui sert de tête de turc à une chambrée se met à boire ou à bouder, il est nécessaire de prendre des mesures pour l’arracher à lui-même.

—Quelles mesures? On ne peut pourtant pas passer tout son temps à dorloter ses hommes?

—Non, les hommes ne seraient pas longs à vous montrer qu’ils se passeraient bien de vous. Vous voilà obligé de...