—Ça ne peut être lui.
Et tout le monde comprit de qui Travis voulait parler.
Bobby Wick traversa comme un ouragan les tentes de sa compagnie, distribuant des encouragements, des reproches, des flatteries autant que les règlements le permettaient, blaguant ceux qui se laissaient aller, saluant le bruit qui se faisait entendre à l’aube humide, ce qui annonçait une interruption dans l’état du temps, recommandant la bonne humeur à ses hommes, en disant qu’ils seraient bientôt au bout de leurs peines.
Il parcourait sur son poney bai brun les environs du camp, ramenait les hommes qui, avec cette perversité naturelle des soldats anglais, s’entêtaient à errer dans les villages atteints, ou se désaltéraient copieusement dans les mares d’eau de pluie.
Il réconfortait ceux que frappait la panique et employait pour cela un rude langage.
Plus d’une fois il soigna les malades qui n’avaient pas d’amis, ceux qui n’avaient point de «pays».
Il organisa avec des banjos et du liège brûlé des concerts où les talents du régiment trouvaient l’occasion de se manifester entièrement.
En un mot, il jouait, selon sa propre expression, «à la chèvre folle dans le jardin».
—Vous valez une demi-douzaine de nous, Bobby, dit Revere dans un mouvement d’enthousiasme. Comment faites-vous pour y tenir?
Bobby ne répondit pas, mais si Revere avait regardé dans la poche intérieure du jeune homme, il y aurait vu une liasse de lettres mal écrites qui contenaient peut-être le secret de cette endurance.