Il n’y a qu’un pas de l’horrible au trivial.

Je dégringolai de mon cheval et courus, en chancelant, chez Peliti, demander un verre de cherry-brandy.

Deux ou trois couples s’y trouvaient, groupés autour des tables et discutant les potins du jour.

Les banalités qu’ils échangeaient me réconfortèrent mieux que n’auraient pu le faire les consolations de la religion.

Je me jetai au beau milieu de la conversation. Je bavardai. Je ris. Je plaisantai, et cela avec une figure aussi livide, aussi tirée que celle d’un cadavre, ainsi que me le montra un coup d’œil jeté sur la glace.

Trois ou quatre hommes remarquèrent mon état, et le mettant au compte d’un nombre immodéré de petits verres, s’efforcèrent charitablement de m’éloigner du groupe des promeneurs.

Mais je refusai de me laisser emmener.

J’avais besoin de la société de mes semblables: quand un enfant a pris peur dans l’obscurité, il fait irruption au milieu de la société réunie à table.

J’avais dû causer pendant près de dix minutes qui me donnèrent pourtant la sensation de l’éternité, quand j’entendis la voix claire de Kitty qui m’appelait du dehors.

Une minute après, elle entrait dans la salle et me reprochait vivement d’avoir manqué si gravement à tous mes devoirs.