Il m’interrompit:
—Ne vous figurez pas que j’ai fait cela pour vous. J’entrevois que vous vous êtes conduit dans toute cette affaire comme un coquin. Mais, malgré tout, vous êtes un phénomène, et un phénomène aussi curieux que vous êtes un mufle. Non... reprit-il en m’interrompant une seconde fois... pas même une roupie, s’il vous plaît! Allez-vous-en et voyez si vous retrouverez ces troubles des yeux, du cerveau, de l’estomac. Je vous donnerai un lakh, chaque fois que vous l’éprouverez.
Une demi-heure plus tard, j’étais dans le salon des Mannering avec Kitty.
J’étais ivre de l’ivresse que donne le bonheur présent et de la certitude que je ne serais plus persécuté par cette odieuse apparition.
Fort du sentiment de ma sécurité toute récente, je proposai aussitôt une promenade à cheval, et j’indiquai ma préférence pour un trot autour de Jakko.
Jamais je ne m’étais senti aussi dispos, aussi plein de vitalité, d’esprits purement animaux que dans cet après-midi du 30 avril.
Kitty était enchantée du changement survenu dans mon aspect, et elle m’en fit compliment dans son langage charmant et plein de franchise.
Nous sortîmes ensemble de chez les Mannering, riant, causant. Puis nous partîmes au trot comme autrefois sur la route de Chota Simla.
J’avais hâte d’arriver au Réservoir de Sanjowlie, pour y redoubler la fermeté de ma conviction.
Les chevaux faisaient de leur mieux, mais ils me paraissaient trop lents.