Mon corps prenait de jour en jour plus de force jusqu’à ce qu’enfin un regard jeté dans la glace de la chambre à coucher m’apprit que j’étais rentré dans la vie ordinaire, et que j’étais redevenu ce que sont les autres hommes.

Chose assez curieuse, ma figure ne portait aucune trace de la lutte que j’avais traversée. Elle était pâle, il est vrai, mais aussi dépourvue d’expression, aussi banale qu’elle le fut jamais.

Je m’étais attendu à une altération permanente, à une preuve visible de la maladie qui me rongeait: je n’aperçus rien.

Le 15 mai, je quittai la maison de Heatherlegh à onze heures du matin et l’instinct du célibataire me conduisit au Club.

Là je vis que tout le monde connaissait mon histoire telle que l’avait débitée Heatherlegh, et tous me témoignèrent gauchement une bienveillance et des attentions anormales.

Néanmoins je reconnus que pendant tout le reste de ma vie, je serais mêlé à mes semblables, sans être l’un d’eux, et j’enviai avec amertume les coolies rieurs qui étaient là-bas, au Mail.

Je déjeunai au Club et à quatre heures j’allai flâner en désœuvré sur le Mail dans le vague espoir de rencontrer Kitty.

Près du kiosque à musique, ce que je vis, ce furent les livrées noir et blanc et j’entendis près de moi la prière que m’avait déjà adressée mistress Wessington.

Le rickshaw fantôme et moi, nous parcourûmes côte à côte et en silence la route de Chota Simla.

Aux environs du Bazar, Kitty et un cavalier nous atteignirent et nous dépassèrent.