—Et c’est peut-être plus que vous ne méritez, conclut-il agréablement, et pourtant Dieu sait si vous avez passé par une sévère épreuve! Cela ne fait rien. Nous vous guérirons encore, entêté phénomène.

Je me refusai fermement à être guéri.

—Vous avez été déjà beaucoup trop bon pour moi, mon vieux, dis-je, mais je ne me soucie pas de vous déranger plus longtemps.

Au fond du cœur, j’en étais sûr, rien de ce que pouvait faire Heatherlegh n’était capable d’alléger le fardeau qui m’avait été imposé.

A cette conviction se joignit un sentiment de révolte désespérée, impuissante, contre la déraison de toute cette affaire.

Il y avait des vingtaines de gens qui ne valaient pas mieux que moi et pour lesquels le châtiment avait du moins été ajourné à l’autre monde.

Je trouvais une amère, une cruelle injustice à avoir été tout particulièrement désigné pour un sort si affreux.

De temps à autre cet état d’esprit faisait place à un autre dans lequel le rickshaw et moi, nous étions les seules réalités au milieu d’un monde d’ombres, où Kitty était un fantôme, où M. Mannering, Heatherlegh, tous les autres gens que j’avais connus, hommes et femmes, étaient des fantômes, où les grandes montagnes grises elles-mêmes n’étaient plus que des ombres créées pour me torturer.

J’étais violemment jeté d’un état d’esprit dans un autre.

Cela dura sept jours pénibles.