Mistress Wessington parla et je fis avec elle tout le trajet depuis la route de Sanjowlie jusqu’au tournant au dessous de l’habitation du commandant en chef. Tout comme si j’avais marché à côté du rickshaw d’une femme vivante, nous causâmes avec animation.

Le second et le plus cruel de mes états d’esprit maladifs s’était soudain emparé de moi, et pareil au Prince du poème de Tennyson, «je croyais me mouvoir dans un monde de fantômes».

Il y avait eu un garden-party chez le commandant en chef et nous nous joignîmes tous deux à la foule des gens rentrant chez eux.

Quand je les regardais, il me semblait que c’étaient eux les ombres, des ombres fantastiques, impalpables, qui se séparaient pour laisser passer à travers elles le rickshaw de mistress Wessington.

Qu’est-ce que nous dîmes pendant ce mystérieux entretien? Je ne puis ou plutôt je n’ose pas le répéter.

Le commentaire qu’aurait fait Heatherlegh se serait réduit à un rire bref et à la remarque que j’avais caressé une chimère cerebro-stomacho-oculaire.

C’était une scène fantastique et en même temps charmante, d’un charme tout particulier, inépuisable.

Se pouvait-il que dans cette autre vie je fusse en train de faire la cour une seconde fois à la même femme que j’avais tuée par ma cruauté et mon indifférence?

Je rencontrai Kitty sur la route qui ramenait chez elle.

C’était une ombre parmi d’autres ombres.