Si je devais décrire tous les incidents de la quinzaine suivante dans leur ordre, mon récit n’en finirait pas et votre patience se lasserait.

Tous les matins, tous les soirs, le rickshaw-fantôme et moi, nous nous promenions ensemble dans Simla.

Partout où j’allais, j’étais suivi des quatre domestiques à livrée noire et blanche.

Ils m’accompagnaient quand je sortais de mon hôtel ou que j’y retournais.

Au théâtre, je les retrouvais au milieu d’une bande de porteurs braillards.

En dehors de la vérandah du club, après une longue soirée de whist, au bal anniversaire de la naissance de la reine, ils attendaient patiemment que je reparusse, et de même en plein jour, quand j’allais faire des visites.

A cela près qu’il ne projetait point d’ombre, le rickshaw-fantôme avait l’air d’un rickshaw réel qui aurait été de bois et de fer.

Plus d’une fois j’ai failli avertir un ami qui allait grand train de prendre garde à ne pas se heurter contre lui.

Plus d’une fois j’ai parcouru le Mail en soutenant une vive conversation avec mistress Wessington, ce qui provoquait une stupéfaction indicible chez les passants.

Avant huit jours de ces allées et venues, j’appris que la théorie des «accès» avait été écartée pour faire place à celle de la folie. Mais je ne changeai rien à mon genre de vie.