Croyez-moi quand je dis que je le redoute à un degré que je ne saurais exprimer; pendant la nuit je me tourmente de mille spéculations sur la façon dont surviendra ma mort.
Mourrai-je décemment dans mon lit comme doit mourir un gentleman anglais? Ou bien mon âme me sera-t-elle arrachée pendant une dernière promenade, pour aller prendre place éternellement à côté de ces fantômes impénétrables?
Reprendrai-je mon vasselage d’autrefois dans le monde futur, ou retrouverai-je une Agnès qui aura horreur de moi, et à laquelle je serai enchaîné pour l’éternité?
Planerons-nous ensemble sur la scène où nous avons vécu, et jusqu’à la consommation des siècles?
A mesure que se rapproche le jour de ma mort, l’horreur intense qu’éprouve toute chair, en face des esprits échappés de l’autre côté de la tombe, se fait de plus en plus puissante.
C’est chose terrible que de descendre tout vivant parmi les morts quand vous n’avez parcouru que la moitié à peine de votre existence.
Il est mille fois plus terrible d’attendre, comme je le fais, au milieu de vous, en proie à la terreur de je ne sais quoi.
Plaignez-moi, au moins pour mon «illusion», car je sais que vous ne croirez rien de ce que j’ai écrit ici.
Et pourtant s’il fut jamais un homme voué à la mort par les puissances des ténèbres, cet homme c’est moi.
Et pour être juste, plaignez-la aussi. Car si jamais une femme fut tuée par un homme, j’ai tué mistress Wessington.