La simple invraisemblance d’une partie de billard dans un bungalow de relais prouverait la réalité de la chose.

Nul homme,—ivre ou à jeun,—n’était capable d’imaginer une partie de billard ni d’inventer le crachement d’un massé.

A fréquenter régulièrement les bungalows il y a un inconvénient: on entretient éternellement sa crédulité.

Si l’on disait à un homme qui passe toute sa vie dans les bungalow: «Il y a un cadavre dans cette chambre-ci, une jeune fille atteinte de folie dans cette autre. La femme et l’homme qui montent ce chameau viennent de s’échapper d’un endroit éloigné de soixante milles», l’auditeur ne se refuserait point à le croire, parce qu’il n’est rien qui ne puisse arriver dans un bungalow, quelle qu’en soit l’étrangeté, si grotesque, si horrible que ce soit.

Malheureusement cette crédulité s’étend aux fantômes.

Une personne raisonnable qui serait récemment sortie de chez elle, se fût tournée de l’autre côté et rendormie.

Moi, pas.

Aussi vrai que les centaines de créatures qui se trouvaient dans le lit finirent par m’abandonner comme une carcasse vidée, parce que la grande masse de mon sang refluait à mon cœur, j’entendis tous les coups joués pendant une longue partie de billard, dans la chambre aux échos sonores qui touchait à la mienne, de l’autre côté de la porte barrée de fer.

Ma crainte la plus forte, c’était que les joueurs eussent besoin d’un marqueur.

C’était une crainte absurde, car les êtres qui peuvent jouer dans les ténèbres sont au-dessus de ces superfluités-là.