Après un autre carambolage, un trois-bandes, à ce qu’il me parut, d’après la sonorité, je cessai de raisonner.

Je tenais mon fantôme, et j’aurais donné tout au monde pour m’esquiver de ce bungalow.

Je prêtai l’oreille, et mieux j’écoutai, plus je perçus clairement les détails de la partie.

C’était tour à tour le bruit de roulement et celui du choc.

Parfois il y avait un double choc, puis un roulement, puis un autre choc.

Il n’y avait plus de doute; on jouait au billard dans la chambre à côté. Et la chambre à côté était trop petite pour contenir un billard.

Dans les intervalles où le vent se calmait, j’entendais la partie se poursuivre, les coups se succéder.

Je fis un effort pour me persuader que je n’entendais pas de bruit. Cet effort fut un échec.

Savez-vous ce que c’est que la peur? Non point la peur ordinaire qu’inspirent une insulte, un dommage ou la mort, mais la peur abjecte, frissonnante au sujet de quelque chose qui reste invisible pour vous, la peur qui vous sèche l’intérieur de la bouche, et la moitié de la gorge, la crainte qui rend moite la paume de vos mains, et vous fait faire des efforts pour avaler, afin que la luette continue à fonctionner.

Cela est la belle peur,—une grande lâcheté, et il faut l’avoir ressentie pour l’apprécier.