—Cet endroit a-t-il toujours été un relais de poste? demandai-je.

—Non, dit le Khansamah, il y a dix ou vingt ans, j’ai oublié l’époque, c’était une salle de billard.

—Une quoi?

—Une salle de billard pour les Sahibs qui ont construit le chemin de fer. Alors j’étais Khansamah dans la grande maison où logeaient les Sahibs, et je leur servais souvent des sorbets au brandy. Ces trois chambres n’en faisaient qu’une où il y avait une grande table où les Sahibs jouaient tous les soirs. Mais tous les Sahibs sont morts maintenant, et le chemin de fer va, m’avez-vous dit, jusqu’à Kaboul.

—Vous vous rappelez-vous quelque chose au sujet des Sahibs?

—Il y a longtemps de cela, mais je me rappelle un Sahib, un gros homme, toujours en colère. Un jour, il jouait ici. Il me dit: «Mangal-Khan, servez-moi un brandy-pani-do». Il se pencha sur la table pour jouer. Sa tête se baissa, se baissa et finit par toucher la table. Ses lunettes tombèrent, et quand nous—les Sahibs et moi,—nous accourûmes pour le soulever, il était mort. J’aidai à le porter dehors. Et c’était un vigoureux Sahib, mais il est mort, et moi, le vieux Mangal-Khan, je vis encore, par votre faveur.

C’était suffisant, et plus que suffisant.

Je tenais mon fantôme, un article de premier choix avec preuves à l’appui.

Je comptais écrire à la société de Recherches psychiques: je jetterais l’Empire dans la stupeur par cette nouvelle. Mais je jugeai bon de mettre tout d’abord quatre-vingt milles de terres cultivées et cadastrées entre moi et ce relais de poste, et cela avant la nuit.

La Société pourrait ensuite envoyer son agent officiel examiner le cas.