—Qui est-il, petite fille? Je suis désolée de vous avoir parlé de cela.
—Regardez entre les colonnes, au troisième rang, le quatrième à partir du bout. En ce moment, vous pouvez voir sa figure. Regardez.
—Otis Yeere! C’est bien le dernier auquel j’aurais songé. Je n’aurais jamais cru! Je ne vous crois pas.
—Ah! Eh bien, attendez que mistress Tarkass ait commencé à démolir Milton Wellings, alors je vous dirai tout. Chut! la voix de cette femme me rappelle toujours un train souterrain qui passe sous Earl’s court avec les freins serrés. Écoutez à présent. Il s’agit vraiment d’Otis Yeere?
—Oui, je le vois, mais il ne s’ensuit pas qu’il soit votre conquête.
—Il l’est, par droit de premier occupant. Je l’ai trouvé abandonné, sans amis, le soir même de notre entretien, au Burra Khana[C] de Dugald Delane. Ses yeux m’ont plu et j’ai causé avec lui. Le lendemain il m’a rendu visite. Le surlendemain, nous avons fait ensemble une promenade à cheval. Aujourd’hui il est attaché par les mains et les pieds aux roues de ma voiture. Vous verrez, quand le concert sera fini. Il ne sait pas encore que je suis ici.
—Grâce à Dieu, vous n’avez pas choisi un gamin. Qu’allez-vous faire de lui, en supposant que vous ayez fait sa conquête!
—En supposant!... Ah! vraiment, est-ce qu’une femme... est-ce que moi je puis me tromper en ces sortes de choses? En premier lieu...
Et mistress Hauksbee se mit à compter ses motifs sur le bout de ses petits doigts gantés.
—En premier lieu, je l’habillerai convenablement. Pour le moment, il est habillé comme un paquet, et son plastron de chemise a l’air d’un numéro du Pionnier qu’on aurait froissé. En second lieu, quand je l’aurai rendu présentable, je formerai ses manières. Quant à ses mœurs, elles sont irréprochables.