—Il paraît que vous avez découvert bien des choses sur son compte, depuis quelques jours à peine que vous le connaissez?
—Comme vous devez certainement le savoir, la première preuve de l’intérêt qu’un homme porte à une femme consiste à lui parler de sa charmante personne, sa personne à lui. Si la femme l’écoute sans bâiller, il commence à trouver qu’elle lui plaît. Et si elle continue à flatter l’animal dans sa vanité, il finit par l’adorer.
—Dans quelques cas.
—Laissons de côté les exceptions. Je connais celle à laquelle vous pensez. En troisième et dernier lieu, après qu’il aura été poli, rendu joli, je me propose, comme vous le disiez, d’être pour lui un guide, un philosophe, une amie, et il réussira, tout comme a réussi votre ami. Je me suis toujours demandé comment cet homme a eu de l’avancement. Le Mussuck est-il venu vous trouver l’annuaire civil à la main, et mettant un genou en terre, non, deux genoux—à la Gibbon—vous l’a-t-il tendu en disant: «Ange adorable, choisissez un emploi pour votre ami?»
—Lucy, vos longues expériences dans le monde militaire vous ont corrompue. On ne fait point de ces choses-là dans l’administration civile.
—Je n’entends point déprécier le corps dont Jack fait partie, ma chère. Je me bornais à me renseigner. Donnez-moi trois mois, et vous verrez quels changements je ferai subir à ma proie.
—Agissez à votre gré, puisqu’il le faut. Mais je suis désolée d’avoir eu la faiblesse de suggérer ce passe-temps.
—Je suis la discrétion même, et l’on peut avoir en moi une confiance il-li-mi-tée, dit mistress Hauksbee, empruntant ces mots au texte de l’Ange Déchu.
Et la conversation s’arrêta en même temps que cessait le long et sonore cri de guerre de mistress Tarkass.
Les ennemis les plus acharnés de mistress Hauksbee,—et ils étaient nombreux,—ne pouvaient guère l’accuser de perdre du temps.