Les habits neufs firent naître une nouvelle provision d’assurance.

Otis Yeere s’aperçut qu’il était capable d’entrer dans une pièce, sans se sentir couvert d’une légère moiteur, qu’il pouvait la traverser, aller même s’entretenir avec mistress Hauksbee, tout comme si les chambres étaient faites pour qu’on les traversât.

Pour la première fois, depuis neuf ans, il fut fier de lui-même, content de son existence, satisfait de ses habits neufs et heureux de son amitié avec mistress Hauksbee.

—La présomption, voilà ce qui manque au pauvre garçon, disait-elle confidentiellement à mistress Mallowe. Je me figure que dans le Bas-Bengale on occupe les fonctionnaires à labourer la terre. Vous le voyez, il m’a fallu commencer par les rudiments, n’est-ce pas? mais vous reconnaîtrez, n’est-il pas vrai, ma chère, qu’il a fait d’immenses progrès, depuis que je me suis chargée de son éducation. Accordez-moi encore un peu de temps, et il ne se reconnaîtra plus lui-même.

En effet, Yeere oubliait déjà rapidement ce qu’il avait été.

Un de ses collègues lui remit avec brutalité la chose en mémoire en lui demandant, comme cela, à propos de rien:

—Ah! ça! mais on vous a donc nommé tout dernièrement membre du conseil? Vous vous tenez aussi raide qu’une demi-douzaine de ces gens-là.

—J’en... j’en suis bien fâché; je ne l’ai pas fait exprès, vous savez, dit Otis d’un ton d’excuse.

—Il n’y a plus moyen de vous tenir, reprit d’un ton grognon le vieux routier. Descendez, Otis, descendez de voire perchoir, et débarrassez-vous de cette folle affectation, en même temps que de votre fièvre. Trois mille roupies par mois ne suffiraient pas à la justifier.

Yeere rapporta l’incident à mistress Hauksbee.