Après deux mois de promenades à cheval, d’abord aux environs de Jakko, puis de l’Église, puis de la colline de l’Été, puis de la colline de l’Observatoire, puis au bas de Jutogh, et enfin sur la route de voitures, où on faisait aller et retour le trajet jusqu’au défilé de Tara-Devi dans l’obscurité, elle dit au Tertium Quid:

—Frank, on dit que nous passons trop de temps ensemble: les gens sont bien méchants.

Le Tertium Quid tira sa moustache et répondit que les méchantes gens ne valaient guère la peine que les gens chics se préoccupent d’eux.

—Mais ils ne s’en tiennent pas à jaser. Ils ont écrit, écrit à mon époux, j’en suis sûre, dit la Femme de l’Autre, en tirant de la poche de sa selle une lettre qu’elle tendit au Tertium Quid.

C’était une honnête lettre, telle que l’écrivait un honnête homme, en train de cuire dans son jus, dans les plaines, pour deux cents roupies par mois (car il en laissait à sa femme huit cent cinquante) sous un banian de soie et des pantalons de coton.

Il y était dit que peut-être n’avait-elle pas songé combien il était imprudent de laisser si généralement accoler son nom à celui du Tertium Quid, qu’elle était encore trop enfant pour comprendre les dangers de ces sortes de choses; que son mari serait bien le dernier à intervenir par jalousie dans ses petites distractions et les choses qui l’intéressaient, mais qu’enfin elle ferait mieux de rompre sans bruit avec le Tertium Quid, pour être agréable à son mari.

La lettre était assaisonnée de maints petits termes d’amitié familière, qui divertirent énormément le Tertium Quid. Lui et elle en rirent si fort qu’à la distance de cinquante yards vous auriez pu voir leurs épaules s’agiter, pendant que leurs chevaux trottaient côte à côte.

Leur entretien ne vaut pas la peine d’être rapporté.

Le résultat essentiel en fut que le lendemain personne ne vit la Femme de l’Autre et le Tertium Quid ensemble. Ils étaient allés, ensemble, au cimetière, qui généralement, ne reçoit d’autres visites officielles que celles des habitants de Simla.

Un enterrement à Simla, avec le clergyman à cheval, les assistants à cheval, le cercueil geignant sur les épaules des porteurs, c’est un spectacle des plus décourageants qu’il y ait au monde, surtout quand le cortège traverse la tranchée humide, suintante, qui se trouve au bas de l’hôtel Rockcliffe, où le soleil ne pénètre jamais, où tous les filets d’eau de la montagne se donnent rendez-vous pour pleurer et gémir avant de descendre vers les vallées.