—Ce que je lui ai dit, à elle? Dans quel but un homme dit-il un mensonge pareil? J’ai dit, je crois, à peu près tout ce que vous avez dit, et je ne crois pas me tromper de beaucoup.
—J’ai dit la vérité, fit Boulte toujours parlant plus à lui-même qu’à Kurrell. Emma m’a dit qu’elle me détestait. Elle n’a aucun droit sur moi.
—Non, je ne le suppose pas. Vous n’êtes que son mari, voyez-vous. Et qu’a dit mistress Vansuythen quand vous avez mis à ses pieds votre cœur libre de tout engagement?
Kurrell se sentit presque redevenu vertueux en faisant cette question.
—Je crois que ça n’a aucune importance, répondit Boulte, et cela ne vous regarde pas.
—Mais si, ça me regarde, je vous dis que ça me regarde, commença effrontément Kurrell.
La phrase fut interrompue par un bruyant éclat de rire de Boulte.
Kurrell se tut un instant, puis il se mit à rire lui aussi, à rire longtemps, à grand bruit, en se balançant sur sa selle.
C’était un son désagréable, cette imitation d’hilarité à laquelle se livraient ces deux hommes sur la longue ligne blanche de la route de Narkarra.
Ils n’étaient point des nouveaux venus à Kashima, sans quoi ils auraient pu croire que la captivité dans l’enceinte des hauteurs de Dosheri, avait fait perdre la raison à la moitié de la population européenne.