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C’est ainsi que commença la nouvelle existence à Kashima, cette existence qui data du jour, où, au crépuscule, mistress Boulte lâcha bride à sa langue.

Mistress Vansuythen n’a jamais mis le Major au courant et comme il redouble d’efforts pour maintenir une cordialité fatigante, elle a été contrainte d’enfreindre son serment de ne jamais adresser la parole à Kurrell.

Ces propos, qui doivent nécessairement conserver les apparences de la politesse et de l’intérêt, servent admirablement à entretenir dans toute sa vivacité la flamme de la jalousie et une haine sourde dans l’âme de Boulte, car ils éveillent les mêmes passions au cœur de sa femme.

Mistress Boulte déteste mistress Vansuythen, parce qu’elle lui a pris Ted, et je ne sais par quelle conséquence curieuse, elle la déteste aussi parce que mistress Vansuythen déteste Ted, ce en quoi la femme est plus clairvoyante que le mari.

Et Ted, le galant capitaine, l’honorable personnage, sait désormais qu’il est possible de haïr une femme après l’avoir aimée et de pousser cette haine au point d’aller jusqu’aux coups pour la faire taire.

Et par-dessus tout, il est choqué que mistress Boulte ne puisse comprendre combien elle fait fausse route.

Boulte et lui vont ensemble à la chasse au tigre, en très bons amis.

Boulte a mis leurs relations sur un pied des plus satisfaisants.

—Vous êtes un gredin, dit-il à Kurrell, et j’ai perdu tout le respect que j’ai pu avoir pour moi-même, mais quand vous êtes avec moi, je suis certain que vous n’êtes pas à faire la cour à mistress Vansuythen ou à rendre Emma malheureuse.