Il attendit que mistress Vansuythen ramena sa voiture chez elle, et celle-ci, délivrée de l’embarras que lui causait la présence de mistress Boulte, lui répéta pour la seconde fois ce qu’elle pensait de lui et de ses actes.

C’était l’usage à Kashima que tout le monde se réunit le soir sur le quai de la route de Narkarra pour prendre le thé et discuter sur les menus détails de la journée.

Le major Vansuythen et sa femme se trouvèrent seuls au lieu de rendez-vous, peut-être pour la première fois, autant qu’il leur en souvint.

Le joyeux Major, sans tenir compte de ce que lui dit avec infiniment de raison sa femme, savoir que le reste des gens de la station étaient peut-être indisposés, insista pour qu’on se rendît en voiture aux deux bungalows et qu’on en déterrât les habitants.

—Rester assis au crépuscule! dit-il très indigné aux Boulte. Cela ne se fait pas! Que diable, nous ne formons ici qu’une famille. Il faut que vous sortiez. Il faut que Kurrell sorte aussi. Je lui dirai d’apporter son banjo.

Telle est la puissance qu’exercent une honnête simplicité et une bonne digestion sur les consciences coupables, que tout Kashima sortit, y compris le banjo, et le Major jeta sur la société un regard circulaire accompagné d’une grimace expansive.

A cette grimace, mistress Vansuythen leva les yeux un instant et regarda tout Kashima.

Sa pensée était aisée à interpréter. Le major Vansuythen ne saurait jamais rien. Il était destiné au rôle d’outsider dans cette heureuse famille qui avait pour cage les collines de Dosheri.

—Vous chantez horriblement faux, Kurrell, dit le Major fort judicieusement. Passez-moi ce banjo.

Et il chanta de façon à écorcher les oreilles jusqu’au lever des étoiles et au départ de tout Kashima pour le dîner.