—Je devrais y aller telle que je suis, dit mistress Mallowe. Ce serait la complimenter délicatement sur son goût.

Mistress Hauksbee s’étudiait dans un miroir.

—En admettant qu’elle ait une seule fois franchi cette porte, je mettrais cette robe-ci, après toutes les autres, pour lui montrer ce que devrait être une toilette matinale. Cela lui donnerait de la vie. Pour le moment, je prendrai la robe gorge-de-pigeon—doux emblème de jeunesse et d’innocence. Je mettrai aussi mes gants neufs.

—Si vous avez vraiment l’intention d’y aller, la robe couleur de tan clair serait bien assez bonne. Vous savez d’ailleurs que la pluie fait des taches sur la nuance gorge-de-pigeon.

—Cela m’est égal, je puis la rendre jalouse. Du moins je l’essaierai, quoiqu’on ne puisse guère s’y attendre chez une femme qui met sur son amazone une collerette de dentelle.

—Juste ciel! Et quand cela?

—Hier, pour faire cette promenade à cheval avec le Maître de danse. Je les ai rencontrés derrière Jakko et la pluie avait fripé la dentelle. Pour compléter l’effet, elle portait un chapeau terai malpropre, avec l’élastique sous le menton. Je me sentais bien trop contente pour prendre la peine de la mépriser.

—Le petit Hawley vous accompagnait à cheval. Qu’est-ce qu’il pensait?

—Est-ce qu’un gamin remarque jamais ces choses-là? Est-ce qu’il me plairait s’il y faisait attention? Il ouvrait de grands yeux, de la façon la plus blessante, et au moment même où je croyais qu’il avait aperçu l’élastique, il dit: «Il y a je ne sais quoi de très prenant dans cette physionomie.» Je le remis tout de suite à sa place. Je n’approuve point qu’un gamin se laisse prendre à une figure.

—A une figure qui n’est point la vôtre. Je ne serais pas du tout surprise que le petit Hawley allât immédiatement faire une visite.