§. 49. Quand le malade est dans l'état décrit ([§. 46].) non seulement la saignée ne sert à rien; mais quelquefois même elle est nuisible, par le prompt affoiblissement dans lequel elle jette; &, en général, dans ce cas, tous les remedes sont inutiles; & c'est toujours une très mauvaise marque, dans cette maladie, quand la saignée ne soulage pas, ou quand il y a des circonstances qui obligent à la menager.
§. 50. Tous les jours l'on mettra les jambes, une demi heure, dans un bain d'eau tiede, en envelopant exactement le malade, afin que le froid n'arrête pas la transpiration que le bain favorise.
§. 51. De deux en deux heures, il prendra une tasse de la potion [No. 8], qui facilite toutes les évacuations, & principalement les crachats.
§. 52. Quand l'oppression est considérable, & la toux seche, l'on fait respirer au malade la vapeur de l'eau bouillante, dans laquelle on a mis un peu de vinaigre. Pour cela on s'y prend de deux façons; ou en mettant sous le visage du malade, qui doit être assis, un vase rempli de cette eau chaude, & en envelopant la tête du malade, & le vase avec un linge qui retient la vapeur; ou en lui tenant devant la bouche, une éponge trempée dans cette même liqueur bouillante. La seconde méthode est moins efficace, mais elle fatigue moins le malade. Quand le mal est très pressant, on emploie au lieu d'eau, le vinaigre pur; & souvent cette vapeur a sauvé des malades, qui paroissoient au bord du tombeau: mais il faut qu'elle soit continuée pendant plusieurs heures.
§. 53. L'on applique aussi avec succès, sur la gorge & sur la poitrine, les remedes [No. 9].
§. 54. Quand la fievre est extrêmement forte, il faut donner toutes les heures, une cuillerée de la potion [No. 10]; mais sans que cela fasse rien diminuer de la quantité des autres boissons qu'on peut prendre immédiatement après, ou auxquelles on peut la mêler.
§. 55. Tant que le mal empire, ou reste dans le même état, il faut continuer les mêmes secours; mais si le troisieme (ce qui est rare), le quatrieme, le cinquieme jour, le mal prend une tournure plus favorable, si les redoublemens sont moins violens, la toux moins forte, les crachats moins sanglans, la respiration plus aisée, la tête plus dégagée, la langue un peu moins seche, les urines moins rouges, & plus abondantes; il suffit alors de se tenir au regime, & de prendre un lavement tous les soirs. Souvent le redoublement du quatrieme jour est le plus fort.
§. 56. La maladie acheve de se dissiper par les crachats; souvent par les urines, qui, le sept, ou le neuf, ou le onzieme jour, quelquefois dans les jours intermediaires, commencent à déposer un sédiment d'un blanc roux très abondant, quelquefois un vrai pus. Ensuite il survient des sueurs, qui alors sont favorables autant qu'elles étoient nuisibles au commencement. Quelques heures avant que les évacuations dont je parle viennent, il survient quelquefois différens accidens très effrayans, comme de l'angoisse, des palpitations, de l'irrégularité dans le pouls, plus d'oppression, des mouvemens convulsifs, (c'est ce qu'on appelle l'état critique); mais ils ne sont pas dangereux, moyennant qu'on ne fasse rien mal-à-propos. Ces accidens dépendent de l'humeur purulente qui se déplace, circule dans les humeurs, & irrite différentes parties, jusqu'à ce que l'évacuation ait commencé; alors tous les accidens finissent, & ordinairement le sommeil revient. Mais je dois insister sur la nécessité de la prudence dans ces circonstances. Quelquefois c'est la foiblesse, d'autres fois les convulsions, ou quelques autres accidens, qui effraient. Si l'on fait, comme il arrive tous les jours, la sottise d'ordonner des remedes particuliers pour ces accidens, comme des cordiaux spiritueux, de la thériaque, des confections, du castor, de la rue, l'on trouble la nature dans ses opérations; la crise ne se fait point; la matiere qui devoit s'évacuer, ou par les selles, ou par les urines, ou par la sueur, ne s'évacue point; mais elle se dépose sur quelque partie interne ou externe. Si c'est sur une partie interne, le malade meurt d'abord, ou il se forme une nouvelle maladie plus facheuse, & moins guerissable que la premiere. Si c'est sur l'extérieur du corps, le malheur est moins grand, & il faut, dès qu'on s'en apperçoit, mettre sur cette partie des cataplasmes émolliens, qui l'amenent à maturité, & l'ouvrir dès qu'on le peut.
§. 57. Pour prévenir ces accidens, il faut quand les symptomes effrayans, dont j'ai parlé surviennent, ne rien changer du tout au traitement, excepté qu'on doit donner le lavement émollient [No. 5], & appliquer de deux en deux heures, une flannelle trempée dans l'eau tiede, qui couvre tout le ventre, & fasse presque tout le tour du corps, derriere les reins. L'on peut aussi augmenter un peu la quantité de la boisson, & diminuer celle de la nourriture pendant tout le tems que cet état violent dure.
§. 58. Je n'ai point parlé d'émétique, ni de purgatifs; parcequ'ils sont tout-à-fait contraires dans cette maladie. Les anodins, ou remedes propres à faire dormir, sont aussi généralement mauvais. Il y a quelques cas cependant, dans lesquels ils peuvent être utiles; mais ils sont si difficiles à connoître, qu'on ne doit jamais se les permettre, quand on n'a pas un Medecin. J'ai vu plusieurs malades, que ces remedes pris mal-à-propos, ont jettés dans une étisie incurable. Lorsque tout a bien été, ordinairement le malade est très bien le quatorzieme jour; & alors on peut, s'il a appetit, le mettre au regime des convalescens [§. 42]. S'il a encore du dégoût, la bouche mauvaise, la tête pesante, on doit le purger avec la potion [No. 11].