§. 140. Les apoplexies sont sujettes à des rechûtes; & chaque nouvelle attaque est plus dangereuse que la précédente, ainsi il est extrêmement important de chercher à les prévenir. On prévient l'une & l'autre espece par une diete severe, & en retranchant beaucoup de la quantité ordinaire des alimens; & la précaution la plus essentielle, pour quiconque a eu une attaque, c'est de renoncer au souper. Ceux qui ont eu une attaque de la premiere espece, doivent être encore plus exacts que les autres; ils doivent se priver de tout ce qui est succulent, aromatique, âcre; du vin, des liqueurs, du caffé. Ils doivent faire un grand usage des jardinages, des fruits, des acides; manger peu de viande, & point de noire; prendre toutes les semaines deux ou trois prises de la poudre [No. 23], le matin à jeun, dans un verre d'eau; se purger deux ou trois fois par an, avec la potion [No. 22]; prendre journellement de l'exercice; éviter les chambres trop chaudes, & l'ardeur du soleil; se coucher de bonheur, se lever matin; n'être jamais plus de huit heures au lit; & si l'on remarque qu'il se forme beaucoup de sang, & qu'il se porte à la tête, il faut sans hésiter, faire une saignée, & se mettre perdant quelques jours, à une diete totale, sans aucun aliment solide. Les bains chauds sont pernicieux dans ces cas. Dans l'autre espece, [§. 139], au lieu de se purger avec le remede [No. 22], il faut se purger avec le [No. 21].
§. 141. Les mêmes secours propres à prévenir une rechûte, peuvent empêcher une premiere attaque, si on les emploie à tems; car quoique l'attaque d'apoplexie soit très prompte, cependant la maladie s'annonce plusieurs semaines, quelquefois plusieurs mois, même des années, à l'avance; par des vertiges, des pesanteurs de tête, de legers embarras de langue, des paralysies momentanées, tantôt d'une partie, tantôt d'une autre; quelquefois des dégoûts & des envies de vomir, sans qu'on puisse soupçonner aucun embarras dans les premieres voies, ou aucune autre cause dans l'estomac ou dans le voisinage; un changement difficile à décrire, dans la physionomie; des douleurs vives & passageres près du cœur; une diminution dans les forces, sans cause sensible; & quelques autres signes, qui marquent que les humeurs se portent trop à la tête, & que les fonctions du cerveau sont gênées.
Il y a des personnes qui sont sujettes à des attaques, qui dépendent de la même cause que l'apoplexie, & qu'on peut regarder comme de très legeres apoplexies, dont on soutient plusieurs attaques, & qui ne dérangent que très peu la santé. Tout-à-coup le sang se porte à la tête, le malade est étourdi, il perd toutes ses forces, il a quelquefois des nausées, sans cependant que la connoissance, le sentiment & le mouvement se perdent tout-à-fait. La tranquillité, une saignée, des lavemens dissipent l'accès: on en prévient les retours par le régime ordonné [§. 140]. & sur-tout par un usage abondant de la poudre [No. 23]. A la fin, un de ces accès dégénere en apoplexie mortelle; mais on peut la retarder très long-tems, par un régime exact, & en évitant toutes les passions fortes, & sur tout la colere.
CHAPITRE X.
Des coups de Soleil.
§. 142. L'on appelle coup de Soleil, les maux qui résultent d'une trop forte action du soleil sur la tête: c'est la même chose que insolation.
Si l'on fait attention que le bois, la pierre, les métaux, exposés à l'action du soleil, s'échauffent, même dans les climats tempérés, au point qu'on ne peut pas les toucher sans se brûler, on comprendra tout le danger qu'on court, si la tête est exposée à une telle chaleur. Les vaisseaux se desséchent, le sang s'épaissit; il se forme une véritable inflammation, qui quelquefois, tue en très peu de tems. C'est un coup de soleil qui tua Manassés, mari de Judith; car comme il étoit auprès de ceux qui lioient les gerbes aux champs, la chaleur lui donna sur la tête, & il tomba malade, & il se mit au lit, & il mourut. Les signes qui caractérisent un coup de soleil, sont le séjour dans un endroit où il donnoit fortement; un violent mal de tête, avec la peau chaude, & extrêmement séche; les yeux rouges & secs, ne pouvant ni rester ouverts, ni soutenir la lumiere; quelquefois un mouvement continuel dans la paupiere, du soulagement par l'application de quelque liqueur fraiche; souvent une impossibilité de dormir; d'autres fois un grand assoupissement, mais accompagné de réveils violens: une fiévre très forte; un abbatement & un dégoût total; quelquefois beaucoup d'altération, d'autres fois point; la peau du visage est souvent brûlée.
§. 143. L'on est exposé aux coups de soleil dans deux saisons de l'année, ou au printems, ou dans les grandes chaleurs; mais ils sont bien différens dans leurs effets. Au printems, les gens de la campagne, les ouvriers, y sont peu sujets; ce sont les gens de la ville, les personnes délicates, qui ont pris peu de mouvement pendant l'hiver, & qui ont acquis beaucoup d'humeurs. Si dans ces circonstances elles vont au soleil, comme il a déja une certaine force; que par le genre de vie qu'elles ont mené, les humeurs sont déja plus disposées à se porter à la tête; que le fraicheur du terrein, sur-tout quand il a plû, fait qu'on ne se réchauffe pas aussi aisément les pieds, il agit sur leur tête comme un vésicatoire, & il détermine une plus grande quantité d'humeur; ce qui procure de violens maux de tête, accompagnés souvent d'élancemens vifs & fréquens, & de douleur dans les yeux; mais ce mal est rarement dangereux. Les gens de la campagne, les personnes de la ville, qui n'ont point discontinué l'exercice pendant l'hiver, ne craignent point ces soleils de printems. Les coups de soleil en été sont bien plus fâcheux, & ils attaquent les ouvriers ou les voyageurs, qui sont long-tems exposés à l'ardeur: c'est alors que le mal est porté à son plus haut dégré, & que les malades meurent souvent sur la place. Dans les pays chauds, cette cause tue plusieurs personnes dans les rues, & fait de grands ravages dans les armées en marche. L'on en voit, dans les pays tempérés, de tristes effets. Après avoir marché tout le jour au soleil, un homme tomba en léthargie, & au bout de quelques heures mourut avec des symptomes de rage. J'ai vu un couvreur, un jour très chaud, se plaindre à son camarade d'un violent mal de tête, qui augmentoit de minute en minute. Au moment où il voulut se retirer, il tomba mort, & fut précipité. Cette cause produit très fréquemment dans les campagnes, des phrénésies très dangereuses, que le peuple appelle fiévres chaudes. L'on en voit plusieurs toutes les années.
§. 144. L'effet du soleil est encore plus dangereux, si l'on y est exposé pendant le sommeil. Deux faucheurs s'endormirent sur un tas de foin la tête nue; ayant été réveillés par les autres, ils chancelerent, prononcerent quelques mots qui n'avoient point de bon sens, & moururent. Quand l'effet du vin & celui du soleil se réunissent, ils tuent très promptement, & il n'y a pas d'années, qu'on ne trouve morts dans les chemins des paysans, qui, étant ivres, vont tomber dans quelques coins, où ils périssent par une apoplexie vineuse & solaire. Ceux qui réchappent, conservent souvent toute leur vie des maux de tête, & même quelque léger dérangement dans les idées. J'ai vu qu'après quelques jours de violens maux de tête, le mal se jettoit sur les paupieres, qui restoient longtems rouges & fort tendues, sans qu'on pût les ouvrir. L'on a vu des personnes, chez lesquelles un coup de soleil occasionnoit un délire continuel, sans fiévre, & sans qu'ils se plaignissent d'un mal de tête. Quelquefois la goutte sereine en a été la suite; & il est fort commun de voir des personnes, chez lesquelles un long séjour au soleil, laisse une impression dans l'œil qui leur fait appercevoir différens corps voltigeants en l'air, & qui troublent la vision.
§. 145. Chez les enfans fort jeunes, qui ne sont jamais exposés si long-tems à une si violente ardeur, mais sur lesquels une petite cause agit, le mal se manifeste, ou par un assoupissement profond, qui dure plusieurs jours, ou par des réveries continuelles, mêlées de fureur & de frayeur, presque comme quand ils ont eu quelque violente peur, par des mouvemens convulsifs, par des maux de tête qui redoublent par accès, & leur font pousser de hauts cris, par des vomissemens continuels. J'ai vu des enfans qui, après un coup de soleil, ont conservé long-tems une petite toux.
§. 146. Les vieillards qui s'exposent souvent imprudemment au soleil, ne savent pas tout le danger qu'ils courent. On a vu un homme qui, s'étant tenu à dessein fort long-tems au soleil, le jour libre d'une fiévre tierce, eût une attaque d'apoplexie qui l'emporta le lendemain. Lors même que le mal n'est pas prompt, cependant cette habitude dispose certainement à l'apoplexie & aux maux de tête. Un des plus légers effets du soleil sur la tête, c'est de procurer un rhume de cerveau, un mal de gorge, un enroument, un gonflement des glandes du col, une sécheresse dans les yeux, qui se fait quelquefois sentir long-tems.