§. 147. L'effet de la trop violente chaleur du feu, est le même que celui du soleil. Un homme s'étant endormi la tête contre le feu, mourut apoplectique dans ce sommeil.
§. 148. L'action d'un soleil trop fort ne nuit pas seulement lorsqu'elle tombe sur la tête, mais elle nuit aussi aux autres parties; & ceux qui y restent exposés en préservant la tête, essuient des douleurs violentes, un sentiment de chaleur, & une roideur considérable dans ces parties qui ont été desséchées, comme aux jambes, aux genoux, aux cuisses, aux reins, aux bras; quelquefois il leur survient de la fiévre.
§. 149. En examinant une personne malade d'un coup de soleil, il faut faire attention s'il n'y a point d'autres causes concourantes. Un voyageur, un manœuvre, sont souvent autant affectés par la fatigue de la route ou du travail, que par le soleil.
§. 150. Il est très important de traiter d'abord les coups de soleil. Si on les néglige, ceux mêmes qui auroient été aisés à guérir, deviennent très fâcheux. On les traite, comme toutes les maladies précédentes, par les saignées & les rafraichissans de toute espece, en boissons, en lavemens, en applications, en bains.
Si le mal est pressant, il faut commencer par une très forte saignée, & la réitérer. Il fallut saigner neuf fois Louis XIV, pour le sauver en 1658, après un coup de soleil qu'il reçut à la chasse. Après la saignée, on met les jambes dans l'eau tiéde; c'est un des remedes qui soulagent le plus promptement, & j'ai vu le mal de tête se dissiper & revenir, à proportion du nombre & de la longueur des bains de jambes. Il faut quand le mal est grave, en venir au demi-bain, & même au bain entier; mais il ne doit être que tiéde, non plus que les bains de pied, l'eau chaude seroit très nuisible. Les lavemens faits avec une décoction d'herbes émollientes quelconques, produisent aussi un très bon effet. Il faut boire abondamment du lait d'amande [No. 4], de la limonade faite avec le jus de citron dans de l'eau, (c'est la meilleure boisson dans ce cas) ou de l'eau & du vinaigre, qui supplée très bien à la limonade; & ce qui est encore plus efficace, du petit lait très clair, avec un peu de vinaigre. Toutes ces boissons peuvent être bûes fraiches; le remede [No. 31] est très efficace, on en prend cinq ou six verres par jour. L'on applique sur le front, sur les tempes, sur toute la tête même, des linges trempés dans l'eau fraiche, & un peu de vinaigre rosat; ce qui peut tenir lieu de tous les autres remedes employés dans ce cas. Ceux qu'on vante le plus, sont les jus de pourpier, de laitue, d'artichaud sauvage, & de verveine.
§. 151. Les bains froids ont quelquefois guéri des cas presque désespérés. Un homme de vingt ans, ayant été fort long-tems exposé à un soleil brûlant, rêvoit violemment sans fiévre, & étoit véritablement maniaque. Après plusieurs saignées, on le jetta dans un bain froid, qu'on réitéra souvent, & en même tems on lui jettoit de l'eau froide sur la tête: ces secours le guérirent peu à peu. Un Officier qui avoit couru la poste pendant plusieurs jours de suite par les grandes chaleurs, eut, en descendant de cheval, un évanouissement qui résista à tous les remedes ordinaires. On le sauva en le faisant plonger dans un bain d'eau glacée. L'on ne doit jamais employer le bain froid dans ces cas, qu'après les saignées.
§. 152. Il est certain, que si l'on est tranquille, on recevra plus aisément un coup de soleil, qu'en se donnant du mouvement; & l'usage des chapeaux blancs, ou de quelques feuilles de papier sous un chapeau noir, contribue sensiblement à prévenir les mauvais effets d'un soleil médiocre; mais il est inutile contre un très fort.
CHAPITRE XI.
Du Rhumatisme.
§. 153. Le Rhumatisme est, ou avec fiévre, ou sans fiévre. Le premier est une maladie de la même espece que celles dont j'ai parlé; une inflammation qui est annoncée par une fiévre violente, avec frisson, chaleur, pouls dur, mal de tête: l'on sent même quelquefois un froid extraordinaire, avec un mal-aise général, plusieurs jours avant que la fiévre se déclare. Le second jour, le troisiéme, quelquefois même le premier, le malade est saisi par une douleur violente dans quelques parties du corps, sur tout aux articulations qui en empêche absolument le mouvement, & qui est bientôt accompagnée de chaleur, de rougeur, & de gonflement dans la partie. Le genou est souvent la premiere partie attaquée; quelquefois tous deux le sont ensemble. Il arrive souvent que la fiévre diminue, quand la douleur est fixée; d'autres fois elle persiste plusieurs jours, & redouble tous les soirs. La douleur diminue au bout de quelques jours dans une partie, & en attaque une autre. Du genou elle va au pied, à la hanche, aux reins, aux épaules, au coude, au poignet, à la nuque, & souvent dans les parties moyennes. Quelquefois une partie se dégage tout-à-fait, quand l'autre est attaquée; d'autrefois plusieurs, & même, comme je l'ai vu, toutes les articulations sont attaquées en même tems, & alors l'état du malade est affreux; il est incapable d'aucun mouvement, & il craint le secours de tous ceux qui voudroient l'aider, parcequ'on ne peut pas le toucher sans le faire souffrir. Il ne peut pas soutenir le poids des couvertures, qu'on est obligé d'appuyer sur des cerceaux; & le mouvement qu'on imprime au plancher en marchant dans la chambre, redouble ses douleurs. Les endroits où les douleurs sont ordinairement les plus cruelles & les plus opiniâtres, sont les reins, les hanches & la nuque.
§. 154. Le mal se jette aussi souvent sur la peau de la tête, & les douleurs sont excessives. Je l'ai vu attaquer les paupieres & les dents avec une violence qu'on ne peut pas décrire. Tant que le mal est extérieur, quelque douloureux qu'il soit, si le malade est bien conduit, il n'y a pas un grand danger; mais si par quelque accident, par quelque faute, ou par quelque cause cachée, le mal se jette sur quelque partie intérieure, il est extrêmement dangereux. S'il attaque le cerveau, il occasionne un délire phrénétique; en se jettant sur le poulmon, il suffoque; & s'il attaque l'estomac ou les entrailles, il produit des douleurs inouies, occasionnées par l'inflammation de ces parties, qui, si elle est forte, tue promptement. Je vis il y a deux ans un homme robuste, qui, quand on m'appella, avoit déja la gangrene dans les boyaux, dont le mal avoit commencé par un rhumatisme aux bras & à un genou. On avoit voulu le dissiper en le faisant suer avec des choses chaudes; il avoit effectivement beaucoup sué, mais l'humeur inflammatoire se jetta sur les intestins; l'inflammation dégénéra en gangrene, après trente six heures de douleurs les plus aiguës, & il mourut deux heures après que je l'eus vu.